Jean-Pierre Humbert peintre et graveur

Oeuvre de la semaine

Espace culturel le VIDE-POCHES
Centre de soins hospitaliers 1633 Marsens / www.rfsm.ch

DERNIÈRE SEMAINE DE L’EXPOSITION JEAN-PIERRE HUMBERT
dessins - peintures - estampes

Le samedi 22 et le dimanche 23 octobre
de 15h 30 à 16h 30, visite commentée de mon exposition en ma compagnie, puis, dès 16h 30, verrée.

Du 23 septembre au 23 octobre 2016
Ouvert mercredi et jeudi de 13 à 17 heures 
samedi et dimanche de 13 à 17 heures

Assis, les yeux fermés, je regarde un nuage.
Lentement, progressivement,
il investit l’écran bleu de mes rêveries.
Animé par un vent malicieux,
il dévoile l’esquisse floutée d’un corps féminin.

Assis, les yeux ouverts, je ne vois plus rien.
Dans le ciel nocturne,
flotte un de mes châteaux en Espagne
bientôt absorbé par la nuit.

J’aime prendre mes désirs pour la réalité.

UNE EXPOSITION À VOIR SANS FAUTE JUSQU’AU SAMEDI 15 OCTOBRE 2016

En souvenir du peintre Armand Niquille, décédé il y a 20 ans, vingt-neuf artistes, peintres ou photographes, professeurs d’arts visuels au collège ou anciens élèves, exposent ensemble des œuvres en relation avec St-Michel, lors d’une exposition intitulée : LE BELZÉ, FOYER D’ARTISTES

Horaire d’ouverture de l’exposition

Du samedi 1er octobre au samedi 15 octobre 2016
Mercredi, jeudi, vendredi, de 14h00 à 18h00
Samedi, dimanche de 10h00 à 12h00 et de 14h00 à 18h00

Carnaval - 1978-2008

« Après que le matérialisme du XIXe siècle eut fermé l’esprit humain à ce qui était au-dessus de lui, la psychologie du XXe siècle l’a ouvert à ce qui est en-dessous de lui.» Mon estampe « Carnaval » illustre parfaitement cette citation d’Ananda Coomaraswamy.

Comme une signature d’inspiration divine, la cathédrale Saint-Nicolas enveloppait la ville de son aura immatérielle. En manque de réjouissances profanes, une majorité de citoyens fribourgeois fêtait le carnaval une fois par an. Ce raccourci nous est parfois encore servi par quelques aimables intellectuels amateurs soutenus par un chœur de quelques milliers de voix qui bêlent leur refrain favori : « Ici, c’est Fribourg ». Sans commentaire.

Bien que nous vivions en plein carnaval toute l’année, ces irréductibles nostalgiques font mine de s’amuser, de défier l’autorité et d’ainsi perpétuer la tradition. Pendant ce temps, lesdites autorités requalifient le quartier du Bourg. Les élucubrations géométriques, sociologiques et historiques qui sont proposées à grands frais devraient susciter la création d’une comédie satirique. Je suis bien sûr tenté par une telle aventure, malheureusement, je crois avoir mieux à faire pendant le peu de temps qui me reste à vivre avec mes demi-frères humains. Mais, toujours généreux, je viens bénévolement au secours de la cohorte des architectes et urbanistes que les cubes de béton, de bois, de verre ou de plastique excitent. Puisque tout élément organique et pittoresque doit être gommé du paysage et que dans le même élan la moindre trace de mysticisme fait paradoxalement «péché mortel», il est grand temps de bâtir un édifice qui fasse la synthèse de notre temps, un assemblage sobre de cubes avec deux surplombs autoritaires, une sorte de croix qui symboliserait la laïcité triomphante. Amen.

Espace culturel le VIDE-POCHES
Centre de soins hospitaliers 1633 Marsens / www.rfsm.ch

Du 23 septembre au 23 octobre 2016
Ouvert mercredi et jeudi de 13 à 17 heures 
samedi et dimanche 13 à 17 heures et sur rendez-vous
EXPOSITION JEAN-PIERRE HUMBERT
dessins - peintures - estampes

Texte de la présentation de l'exposition par Madame Marianna Gawrysiak, psychiatre et galeriste

Mesdames et Messieurs,

Ce soir, ce n’est pas la directrice de la galerie qui va vous parler, mais la psychologue. Et vous me permettrez, exceptionnellement, de rompre le secret médical et de vous dire quelques mots au sujet de notre patient, Jean-Pierre Humbert, né en 1947.

Le patient a effectué un premier séjour dans notre hôpital en décembre 2000. Le diagnostic retenu à l’époque évoquait un burn-out dans un contexte d’hyperactivité artistique en lien avec la crise de la cinquantaine. Le traitement psychiatrique intensif a duré un mois et le patient a pu quitter l’hôpital sans pour autant que les psychiatres puissent garantir qu’il était définitivement tiré d’affaire. Quoi qu’il en soit, pendant les 16 années qui ont suivi, le patient a pu brillamment poursuivre sa carrière de peintre et de graveur sans recours à la psychiatrie.

Hélas ! Une rechute vient d’intervenir et, dès aujourd’hui, le 23 septembre, le patient est réhospitalisé sous privation de liberté à des fins d’assistance (dans notre jargon : sous PAFA). Naturellement, entre le premier et le second internement, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts de la Sarine, les cheveux ont grisonné et aujourd’hui, Jean-Pierre se retrouve en psychiatrie gériatrique. Un diagnostic provisoire a été posé : le patient souffre d’une décompensation maniaque survenue dans le contexte d’un bilan de vie effectué au cap de la 7e décennie. Décompensation qui se marque par une pensée accélérée, une production picturale effrénée, des projets foisonnants en dépit de l’âge et une logorrhée typique de la phase maniaque.

Les œuvres exposées dans notre galerie peuvent certainement nous apporter quelques lumières sur l’origine et la forme des symptômes de notre patient. En effet, les œuvres picturales sont toujours plus ou moins des projections – au sens psychanalytique – du monde intérieur inconscient de l’artiste. Arrêtons-nous un moment sur quelques-uns des symptômes de notre patient !

Les traits obsessionnels
On observe chez Jean-Pierre l’omniprésence d’une maîtrise technique compulsive du dessin, de la couleur, du détail, des proportions, de la perspective. Mais cette obsessionnalité a son bon côté : c’est elle qui nous permet, dans ses tableaux, de toujours reconnaître la ville de Fribourg, en dépit de toutes les déformations que l’œuvre lui inflige.

Les hallucinations visuelles
Les éléments hallucinatoires sont présents dans beaucoup de ses œuvres : des arbres poussent de la tête des gens comme un prolongement végétal de leurs neurones cérébraux ; des quartiers de la ville de Fribourg flottent dans le ciel, surplombent des abymes, se tordent au milieu des ruines ; la tour de la cathédrale est tenue à bout de bras par d’inquiétants personnages, etc.

La rationalisation et l’intellectualisation
Dans toutes les œuvres de Jean-Pierre, on retrouve des références géographiques et topographiques exactes ; le dépaysement fantastique chez lui n’élimine jamais complètement les repères rassurants de la réalité.

Les traits narcissiques
Si le visiteur a l’œil observateur, dans plusieurs tableaux il découvrira des autoportraits de l’artiste. Il verra aussi que celui-ci met toujours un grand soin à se peindre sous son meilleur jour : l’œil qui brille, la moustache conquérante, le profil le plus avantageux… Toutefois, il faut reconnaître qu’il ne limite pas son narcissisme à lui-même. Il peut l’étendre à ses proches qu’il lui arrive de prendre comme modèle.

Le traitement
Le traitement envisagé pour notre patient est un séjour hospitalier d’un mois au minimum. Précisons qu’il réside dans un service fermé mais que les visites sont possibles les samedis et dimanches de 13 heures à 17 heures.

Ma conscience professionnelle m’oblige à dire que le recours contre cet internement est possible auprès du juge de paix. Jean-Pierre ne serait d’ailleurs pas le premier à recourir contre l’internement ; j’en veux pour exemple le cas d’un autre Fribourgeois célèbre : il s’agit de Maître Gaspard Melchior Balthasar Corpataux, avocat à Fribourg. Il y a maintenant exactement 100 ans que Me Corpataux, interné à Marsens pendant presque 36 ans, adressait une lettre de recours au Grand Conseil du canton. À titre d’exemple pour notre patient actuel, je me permets de vous lire la lettre de Me Corpataux, datée de 1916.

[Lecture de la lettre de Me Corpataux]

Voilà, cher Jean-Pierre, tu as maintenant toutes les cartes en main. Je te souhaite un agréable séjour dans nos murs et un bon rétablissement.

Et, afin de démontrer, une fois de plus, que notre hôpital est un lieu accueillant et chaleureux, il ne me reste plus qu’à vous inviter à vous tourner vers notre buffet et ses délicieuses friandises préparées par notre équipe de cuisine.

Au jour le jour, les siècles passent tranquillement. Les révolutions se succèdent. Le monarque autocrate est remplacé par le tyran socialo-communiste, lui-même relayé par le totalitarisme démocratique, destitué à son tour par un despote probablement éclairé. Le monde bouge, les mœurs changent. Seule subsiste la religion du Veau d’Or. Inébranlable, elle conserve ses adeptes, elle règne et elle règnera tant qu’il y aura des hommes,. Au cours des siècles, les formes et les manifestations de ce pouvoir ont changé. Les nouveaux moyens techniques offrent des opportunités infinies pour son exercice. L’avenir s’annonce radieux pour les maîtres de ce jeu maléfique. Pour notre plus grand bien, ces diaboliques manipulateurs vous poursuivent jusque dans votre intimité, aidés qu’ils sont par l’informatique et par l’automation.

Et nous objets presque inertes, impuissants, englués dans la mélasse publicitaire, étouffés sous une avalanche de paperasserie, nous espérons un sauveur. Les candidats sont rares pour ce difficile métier qui expose aux quolibets et à la souffrance.

Avec deux autres estampes, mon œuvre «Le sauveur» est présentée dans l’exposition
«LE BELZÉ, FOYER D’ARTISTES»

​En souvenir du peintre Armand Niquille, décédé il y a 20 ans, vingt-neuf artistes, peintres ou photographes, professeurs d’arts visuels au collège ou anciens élèves, exposent ensemble des oeuvres en relation avec St-Michel, lors d’une exposition intitulée : Le Belzé, Foyer d’artistes

Vernissage, samedi 1er octobre
Dès 09h00  Accueil  -  Cafeteria, café, croissant
09h30  Ouverture de l’exposition - visite libre
10h30  Vernissage  de l’expo   -  Aula St-Michel
11h30  Apéritif

Horaire d’ouverture de l’exposition
Du samedi 1er octobre au samedi 15 octobre 2016
Mercredi, jeudi, vendredi, de 14h00 à 18h00
Samedi, dimanche de 10h00 à 12h00 et de 14h00 à 18h00

LE VIDE-POCHES

Espace culturel - Kulturforum
Centre de soins hospitaliers, 1633 Marsens

EXPOSITION Jean-Pierre HUMBERT
dessins - peintures - estampes

Invitation au vernissage : 23 septembre 2016
18 heures accueil ( espace enfants à disposition )
19 heures, intermède musical
19 heures 30, discours

Ouvert du 23 septembre au 23 octobre 2016
me, je : de 13h à 17h / sa, di : de 13h à 17h et sur rendez-vous

Passé décomposé

Éclats du vieux Fribourg en errance.
Silencieux, portés par un nuage incandescent,
ils croisent les feuilles apparemment immaculées et ignifugées
d’un quotidien imprimé à l’encre invisible.
Désertés,
libérés de la contrainte d’héberger des vernaculaires en mal d’abri,
matière moribonde, ils planent.

Pas très courageux, je ne dessine, peins, grave, sculpte et j’en passe, que pour me cacher.... Quand je le fais dans une foule, ce n’est pas à la manière du fameux Charlie, qui vous invite à le retrouver, et je n’ai rien à voir avec les fossoyeurs de l’humour soutenus par une horde de «Je suis Charlie».

Dans mes œuvres, je suis présent comme le fantôme qui hante votre maison. Invisible, discret, abandonné, je cultive l’illusion que j’existe vraiment. Silencieuses, mes apparitions ont la forme des images que je produis. Je vagabonde dans les paysages que je compose, je traverse mes foules, je joue à espérer. Bien sûr, cette inutile et mystérieuse errance aura une fin et, qui sait, une raison d’être. Ténue, cette lueur d’espoir explique peut-être mon activité picturale.

« Croissance - Excroissances », tel est le titre de l’estampe que j’ai réalisée cette année pour les membres de l’Association Galerie Contraste. Dans un décor qui semble inhabité, la ville de Gruyères et son Château, trônent au milieu d’un fatras de routes désertes en ruines, comme le mirage d’un lointain passé. A quelle époque sommes-nous ? Cet immeuble gigantesque qui barre et englobe le paysage mythique gruérien, qui abrite-t-il ? Quand a-t-il été construit ? Cet étrange mélange fait d’hier et d’après-demain: fiction, réalité, projection ? Par son ambiguïté, cette image pose plus de questions qu’elle ne donne de réponses. C’est précisément l’endroit où je me cache. J’évite ainsi toute forme d’affrontement. Comme un fantôme, je vois tout, je sais tout, et, enveloppé dans un halo paradoxal, je montre tout, puis, j’attends la réaction du spectateur. J’attends qu’il dissipe le brouillard et les malentendus dont j’ai lâchement enrobé mon tableau. J’attends qu’il interprète ma partition. Pour jouer cette partie de cache-cache, il suffit de scruter attentivement l’œuvre, d’y pénétrer et s’y perdre. Peu s’y sont risqués. Ignorant ou érudit, aucun d’eux ne m’a déçu. Si personne ne m’a trouvé, tous se sont révélés, dévoilés ... à leur insu.

Mais, la vie est plus simple que mes œuvres, ne perdez pas vainement votre temps à me chercher, tous les samedis matin de 9 à 12 heures, je vous attends à la Galerie Contraste à la ruelle des Cordeliers 6 à Fribourg. Facile.

À l’écart des foules, pratiquement inutile, la ruelle des Cordeliers n’existe que pour que vous puissiez accéder à mon atelier et à sa prestigieuse dépendance, la Galerie Contraste. Hier, une passante, sans doute égarée, consommatrice indisciplinée, s’est débarrassée de la laisse qui la liait à son téléphone portable à usages multiples et, la tête négligemment vagabonde, a laissé son regard s’attarder sur les barreaux que je venais d’installer sur l’une des ouvertures de la maison qui abrite l’atelier. Elle inaugurait ainsi ma réalisation intitulée Un amour constructif. Des barreaux qui promettent le bonheur.

Je vous invite à venir le jeudi 8 septembre à 18h à la Galerie Contraste, ruelle des Cordeliers 6 à Fribourg. Nous inaugurerons nos installations récentes : ces barreaux, un vitrail, de nouveaux aménagements ainsi qu’une belle porte d’entrée pour la galerie. Mais, l’évènement de la soirée et le vrai motif de cette invitation, c’est le vernissage de l’exposition des extraordinaires papiers découpés de Ueli Hofer.
 
Vous ne le savez pas encore, mais à moins de vivre sous un caillou au sommet du Moléson, vous avez déjà eu l’occasion d’admirer des découpes de Ueli Hofer. Ce n’était pas dans une galerie, mais dans un supermarché, sur des boîtes de chocolat Cailler. C’est donc un artiste que vous connaissez déjà un peu qui sera présent à la Galerie Contraste pour le vernissage de son exposition. Ne ratez pas cette occasion de le rencontrer.

L’exposition se poursuivra jusqu’au 15 octobre 2016 et sera ouverte les samedis de 9h à 12h, les dimanches de 14h à 18h.

Fribourg et son fameux jet d’eau bénite
Estampe numérique de Jean-Pierre Humbert

Au bout des lacs de Lausanne et d’Evian, le jet d’eau de Genève fête ses 125 ans. Sur les bords de la Sarine, Fribourg fête son fameux jet d’eau bénite à la galerie Contraste, tous les samedis matin entre 9 et 12 heures. Rafraîchissant!


Texte de Benoît Junod, paru dans le livre "PAR DÉFAUT".

J’ai rencontré Jean-Pierre Humbert voilà une quinzaine d’années dans un contexte assez particulier : j’étais à l’époque à l’Ambassade de Suisse à Belgrade et lui, de par le fait que sa femme Milka est Serbe, y venait régulièrement malgré l’opprobe de tous à l’égard de ce pays. C’était la pire époque des sanctions, quand les gens avaient faim, puis celle du bombardement. Aucun Suisse ne s’aventurait là-bas, sauf lui. Et il venait calmement, sans critiquer ni les uns ni les autres, ignorant les vociférations de la communauté internationale, restant un observateur attentif, neutre et indépendant. S’il exprimait un avis, c’était toujours empreint d’une profonde compassion à l’égard de ceux qui souffraient, et pour condamner la bêtise humaine ( de toutes parts ) qui en était la cause.

L’Estampe numérique La Lueur ne se réfère pas directement au conflit, mais elle le traite métaphoriquement par le biais d’un sujet voisin, celui de l’environnement.

La Lueur montre un paysage urbain dense, qui n’est sûrement pas Belgrade, mais une métropole bien à nous, avec d’innombrables cheminées d’usines desquelles montent des volutes de fumée. Ces volutes se transforment, au fil de leur ascension, en bulles, en plumes, en strates que l’artiste fait savamment s’imbriquer. Au mileu de ces géométries inquiétantes, un rectangle blanc. Ce n’est pas un morceau de ciel, comme ceux que l’on aperçoit à droite sur l’horizon, derrière les cheminées : il serait bleu. C’est donc une lueur, une lueur blanche qui s’ouvre dans ce ciel inquiétant et lourd. Une lueur d’espoir.

Jean-Pierre Humbert nous donne cette lueur d’espoir dans un contexte où l’homme est en train de s’auto-annihiler. Et voilà pourquoi le contexte de ces années noires à Belgrade me semble avoir une parenté avec le narratif de cette image. Malgré la folie de l’autodestruction des hommes, il y a toujours une lueur – un rectangle qui se distingue dans la masse et offre une fenêtre par laquelle respirer, ou s’échapper.

Texte de Jean-Christophe Emmenegger, paru dans le livre "PAR DÉFAUT".

Entre la réalité et la fiction, l’image donne encore quelques informations. Pas de l’imagination sans contrôle ou sans objet, ni l’expression de la nécessité d’exister – car l’idéal apparaîtrait derechef sur un plateau comme la tête de Jean Baptiste. Mais l’image essentielle, artistique, – pour l’appeler encore ainsi, – malgré des tentatives de destruction bien actuelles…

Pour détruire la possibilité de l’image, il n’y a pas d’autre choix que s’attaquer à la surface, miser sur l’épuisement par la répétition, se laisser aller à l’hébétude par l’exacerbation des contraires ou introduire le paradoxe en faveur de la vie qu’est le cri d’agonie.

Mais l’image reste autant possible que ce fond noir comme l’univers sans regard, un fond d’erreur ou de possibilité sans limites. Une tête au carré sécrète, exorbite de façon symbolique deux têtes mieux humanisées et ainsi de suite jusqu’au premier plan dénonçant l’illusion : ces quatre personnages sans beaucoup d’identité propre, rappellent autant les camps de concentration que les clones plus récents. Ils nous regardent et disent « c’est ainsi que nous sommes » à moins qu’ils ne posent la question « est-ce ainsi que vous êtes ? »

Malgré cette multiplication classique du népotisme à partir du grand patron carré, symbolique, il reste un espoir avec les nuances d’humanité perceptibles dans les visages au premier plan : ce sont eux qui regardent et qui sont regardés, eux qui ont le plus de présence.