Jean-Pierre Humbert peintre et graveur

Oeuvre de la semaine

Deux arbres généalogiques se rencontrent.
Ils papotent, font des projets.

Pour s’associer, faire des petits,
il faudra assainir, couper quelques branches.

C’est le moment de grimper ...
faites encore un effort,
levez la tête, regardez en vous, ...
vous y êtes.

Ça va mieux n’est-ce pas?

Le plaisir de faire la pluie et le beau temps. JPH

Texte de Jean Steinauer

Libre aux géologues de croire que les terrains sont stables et que les villes reposent de tout leur poids sur des couches superposées depuis des millénaires. Et les géographes peuvent bien rêver de prendre les villes au filet, dans le quadrillage des longitudes et des latitudes, afin qu’on les retrouve toujours au même endroit. Les ivrognes et les artistes, qui savent observer, ont compris que les villes dérivent à tous vents, et voguent sans fin sur les campagnes ondulantes.

À preuve le Fribourg de Jean-Pierre Humbert! Sur un roc au profil d’étrave, l’élancement d’une mâture gothique: cette ville fut armée pour tailler sa route à travers les houles de l’histoire. Elle ne cesse d’échapper à la nuit qui tombe dans son sillage. Toute vibrante d’énergie, elle navigue vers la fin des temps, vers le naufrage inéluctable et apaisant. L’équipage a mis sa confiance dans une longue familiarité avec l’au-delà. « O mort, vieux capitaine, il est temps! Levons l’ancre… »

Sobres et élégamment gravées, ces Têtes de...bites ( vous le saviez bien sûr ), vivaient, sans plaisir, une difficile existence solitaire. Réunies par mes soins, elles se sont constituées en comité d’éthique. Discrètement, elles élaborent une version désinhibée des droits de l’homme ... On n’a pas fini de rire jaune.

Un coup de peigne pour commencer l’année 2017 en beauté.

Presqu’île sur une terre réduite à l’état de plate-forme,
garnison abandonnée...
personne, jamais, ne nous protégera du progrès. 


Jean-Pierre fait partie du cercle des artistes sensibles au message engagé et toujours d’actualité de cette grande œuvre de la Renaissance qu’est "La nef des fous" de Sébastian Brant, version populaire du savant traité "Eloge de la folie" d’Erasme de Rotterdam. De Hieronymus Bosch, Pieter Brueghel, Albrecht Dürer et Hans Holbein aux artistes contemporains ainsi qu'aux graveurs du fantastique, comme le grand artiste slovaque Albin Brunovski, ce thème reste toujours aussi attractif car la folie humaine ne change pas, quelles que soient l’époque, l’ambiance et les apparences.

Cependant, Jean-Pierre a gravé une vision différente de "La nef des fous". Il n’en offre pas une représentation d’exégète. Il ne nous fait pas la revue des folies individuelles et des vices humains décrits dans les 96 poèmes de Brant qu’Albrecht Dürer fut le premier à illustrer avec 96 gravures sur bois. Jean-Pierre nous montre l’image de la folie de l’ensemble des humains. Sa gravure figure un océan agité au milieu duquel la nef fait plus penser à une île qu’à un bateau. Une île à deux troncs dont la couronne porte une toile de corps humains aux poses grotesques et entrelacés de la manière caractéristique dont il dessine une grande partie de ses sujets. Il semble nous dire que ce qui importe ce n’est pas tant que les gens soient corrompus, exaltés, passionnés et fous, mais bien que le monde est fou et qu’il est gouverné par cette épidémie.

Cette gravure de grand format est, comme toujours chez Jean-Pierre, magistralement réalisée, avec un métier sans faille, artistiquement persuasive et riche en nuances.

Bogdan Krsic - 24 mai 1932 - † 21 octobre 2009

Pour vous et aussi un peu pour moi, en Très-Haut lieu, j’ai négocié avec succès la jouissance d’une éclaircie perpétuelle. Si je me suis fait rouler, faites-le moi savoir, au plus tard en fin d’année 2017.

Plus qu’un vœux pieux : « Bonne et heureuse année » JPH

Trait d’union entre les générations, la mère.
Au jour le jour, l’enfant découvre le monde
qui, bien sur, n’existerait pas sans lui.
Inconscient et gourmand
il s’imagine qu’il en est le centre
et pourquoi pas le créateur.

Chaque fois, tout recommence.