Jean-Pierre Humbert peintre et graveur

Oeuvre de la semaine


Texte de Beat Kappeler, paru dans le livre "PAR DÉFAUT".

L’image séduit – la mondialisation est présentée comme un développement vital, dominant, naturel et équilibré. Après cette première impression, un doute s’installe. Qui ose présenter la mondialisation d’une manière si positive, quand les milieux autres que les économistes l’accusent, surtout les milieux de la culture ? L’artiste a-t-il une double pensée ? Le reflet, l’ombre légère au fond de l’image pourrait le prouver, tout comme les arbres assez sombres et au feuillage incertain. Montrent-ils l’éclosion des feuilles au printemps ou leur séchage d’automne ?

Mais l’artiste cherche l’expression, le message. S’il était opposé à la mondialisation, il forcerait le trait, il n’en resterait pas au message filtré des formes prises dans la nature, il montrerait les déchets de la civilisation mondialisée. L’observateur peut conclure au consentement de l’artiste : les arbres poussent, même fortement, ils sont arrangés d’une manière assez harmonieuse et ne présentent aucun trait de décadence, ils ne subissent rien. Au contraire, ils créent l’espace-monde. Ils instaurent la multitude, la diversité, mais tous ces arbres divers sont ancrés sur le globe – « one world ».

L’économiste est ravi, il trouve une âme sœur qui s’élève au-dessus du débat politicien et de courte vue. Car la mondialisation est la normalité, initiée il y a des millénaires déjà par les commerçants et par l’émulation culturelle des peuples et de leurs régents. L’historien Fernand Braudel l’a bien démontré. La non-mondialisation des nationalismes, des murs douaniers, l’absence de libre passage des personnes ne durait que trente ans, de 1914 à 1945.

J’aime donc ce tableau, sa fraîcheur matinale. Nous ne sommes pas à la fin d’une époque, mais à un nouveau début. Comme toujours, quand une nouvelle étape se dévoile, on trébuche quelquefois. On commet des fautes. Mais il ne faut pas s’arrêter, il faut apprendre à cultiver. Le monde est une pépinière de projets, de solutions.


Texte de Nicola Beaupain-Dubbeldeman, paru dans le livre "PAR DÉFAUT".

Il était une fois, il n’y a pas si longtemps, un vieux grand-père, très très grand. Il avait un petit-fils qui était la prunelle de ses yeux. Cet enfant était doté de talents extraordinaires. Il savait nettoyer la terre, manier le marteau piqueur et sutout il comprenait tout ce que lui disait son grand-père.

Entre eux c’était simple, ils étaient maître et disciple, à tour de rôle.

Un beau jour, Ils partirent visiter une petite forêt que le grand-père avait repérée. Il faut dire que cet homme grand, avait reçu, lui aussi, bien des talents, qu’il avait eu soin de peaufiner. Son don à lui, était celui de voir. Il avait des yeux pour voir. Pour voir ce qui est et ce qui pourrait être.

Nos deux hommes donc, l’un adulte, l’autre portant encore des langes, sages tous deux, cheminaient main dans la main lorsque, soudain, de concert ils virent  l’incroyable… deux arbres magnifiques, animés d’une puissante énergie novatrice, portant à bout de branches et faisant partie d’eux des panneaux capteurs et distributeurs d’énergie de vie. Des arbres nouveaux, éclairant la nuit noire, capables de transformer la décrépitude en vie nouvelle… L’espoir pour le futur naquit dans le cœur du vieil homme. Il dit :
-    Tu vois mon petit, ici commence l’allée du progrès.
-    Eh, grand-père, dit le petit en levant la tête vers son grand ami,
    on dirait que tout va changer, hein ? Pour nous aider?
-    Oui bonhomme, c’est exactement ça.
-    Tu vois, l’aide vient toujours de là d’où on ne l’attend pas .
-    À nous de continuer ; il faudra défricher le chemin.
-    Ils se sont fait pousser des ailes pour nous.
-    Rentrons, dit le grand-père.

Revenus à la maison, ils dirent d’une seule voix à mère-grand : « On a vu les ailes du progrès ! » Et le petit d’ajouter : « les arbres nous aiment ». Mère-grand, très sage, conclut : « l’amour est grand ». Allez !


Texte de P.-Alain Pzest, paru dans le livre "PAR DÉFAUT".

Là. C’est le grand vide qui s’ouvre.

Il est plein le vide, plein de rien en train de sourdre, par tous les trous du vide. Et même plus. On l’a à l’œil, le vide. Et haut. On le voit qui s’écartèle. Il s’écartèle tellement le vide qu’on en louche. On louche, saoul d’écart, de grand écart. Les paupières s’écartent tout grand, tout grand écart. En encart, dans la béance du vide, il y a le rien qui pousse, qui suce. Qui submerge, mouille les pieds du cube, les prés carrés. Et s’il s’y trouvait, cet écart entre les formes et l’éphémère ? Des mers d’efforts soutiennent des rues d’épures éparses. Arboricoles borborygmes. A l’envers du décor le spectateur appelle à cour, à tribord, quelque aide, à tort. Tortueuses hypothèses. Mais qu’est-ce que cela veut dire ? Cubes alignés, Cuba Libre, cubitus qui balancent. C’est l’organisation du vide. Elle prend l’eau. Elle prend le temps d’éponger les errances de sa propre béance. Car enfin, elle est déterminée.

Et si le vide ne voulait juste rien ? Même pas dire. Peut-être la porte n’existe-t-elle que par son encadrement. Et le vide, par l’écart qu’il y a entre de part et d’autre. L’autre, Icare, et son comparse, Judas Iscariote, lorgnaient-ils tous deux vers le comblement du vide ? Mais le vide voit qui veut boire le vide, qui en est avide. L’avion – d’avis, l’oiseau – l’Icare tourne à vide et s’évide, s’étale et part. On a percuté le mur du rien, celui qui s’ouvre à chaque destin. Baiser tragique. Il y a l’irréductibilité du plein, bien sûr, mais le silence est la plus chaude des musiques.

Et si le vide, simplement, existait ?


Texte de Martine Silvestre, paru dans le livre "PAR DÉFAUT".

Le crépuscule sur les épaules,
Nous cheminerons dans cette forêt de signes,
Nous oublierons les tables de formules,
Les preuves ininventives,
Les classeurs savants,
Les appareils à mensonges,
Les idées triées, empilées, répertoriées,
Nous avancerons dans cette échancrure du temps
Où les arbres offrent au ciel des marbres
Arrachés au ventre de la terre
Et parent leurs branches de feuillages effervescents.

Débarrassés de nos certitudes,
Nous sortirons des territoires balisés,
Nous palperons l’impalpable,
Nous saisirons l’insaisissable,
Nous écouterons les paroles des arbres
Et deviserons avec la pierre.
Nous nous abandonnerons à l’opaque forêt,
Enfiévrés de voluptés et d’angoisses.

De cette secrète échappée dans cet herbier royal
Nous sortirons métamorphosés.
Dans cette haute antichambre de l’aurore,
Nous aurons frôlé les ultimes secrets,
Nous aurons goûté aux rêves de rêves impossibles,
Et nous rapporterons de l’autre côté des terres dévastées.
L’or de ce crépuscule.


Texte de Philippe Virdis, paru dans le livre "PAR DÉFAUT".

Entre-temps, l’âge de la pierre cède, l’espace d’une technologie, la place au béton mais entre-temps, la Sarine grande et généreuse dame, s’en moqua, poursuivant imperturbable et fiable sa mission d’allaitement énergétique de la cité.
Entre pierres et rocher, une soi-disant esthétique architecturale du goût des temps modernes s’est élancée d’un geste d’autant plus beau qu’il pourrait sembler inutile…

Que non puisque rien ne dit qu’il ne soit possible que l’on y entre.

Entre Jean et… Humbert ; je découvre Pierre ; n’y habiterait-t-il pas ? Pourquoi pas, lui qui se plait tant à désarchitecturer la réalité de sa ville, à virtualiser la réalité ; dis-nous Jean-Pierre, n’est-ce vraiment que ton pinceau qui soit si virtuel ou n’est-ce pas ton obsession, une sorte de rêve de toujours accélérer le temps ou au contraire de reculer le présent ?

Entre l’artiste et son public devrait-on imaginer un tel mur, opaque, étanche, que je ressens tel un blockhaus hermétique à tout dialogue, à tout vernissage ou exposition, une sorte d’anti-galerie ?

Entre Chatédrale et La mouche, entre Partagé, ta première gravure, et Un illuminé mis en lumière plus tard, entre 40 ans de créativité artistique et de partage avec le public, pas sûr que ton œuvre entre en totalité dans ce volume.

Entre donc ton œuvre dans les coffrets de la Bibliothèque cantonale universitaire afin qu’elle y vive longtemps, préservée des altérations, observée par les futures générations et qu’elle reflète pour tout le futur, les visions du passé exprimées au temps présent.

Entre nous subsistera toujours, outre l’amitié datant de notre enfance, le respect que j’éprouve envers l’artiste qui a réussi de son vivant déjà à se faire connaître et obtenu que son œuvre soit reconnue.


Texte d'Albert Noth, paru dans le livre "PAR DÉFAUT".

Etrange image. Un coin de la ville de Fribourg bien connu. Mais qu’a bien voulu nous dire l’artiste en faisant apparaître au premier plan un énorme fossé rempli d’eau ? Comme la scène que nous découvrons se trouve devant la direction des finances cantonales, il faut croire que Jean-Pierre Humbert a eu en tête les déficits de l’Etat. En plus, le ciel orageux ne laisse pas entrevoir une amélioration de la situation, bien au contraire. Si tel était le cas, sa vision aurait été fausse. Les comptes de l’Etat affichent, aujourd’hui, une fortune nette non négligeable et une image allégorique nécessiterait l’ajout d’une montagne ou du moins d’un mamelon, symbolisant les coffres qui enflent en sous-sol.

Mais il pourrait également s’agir de l’impression d’un étudiant qui, sortant de Miséricorde après avoir appris qu’il a échoué aux examens, est confronté, dans sa détresse, à une immense déchirure.

Malgré tout, il y a de l’espoir. Les cigognes sont bien présentes. Elles couvent et nous rappellent que la vie continue…


Texte de Bernard Waeber, paru dans le livre "PAR DÉFAUT".

C’est le meilleur moment de la journée pour découvrir des trésors !

Aujourd’hui l’artiste a ramené dans ses filets une ville imaginaire, avec des maisons solides, arrimées au rocher, ouvertes vers l’extérieur par de multiples fenêtres et balcons. Des maisons aussi qui se disloquent pour envahir l’espace, cherchant soutien sur les nuages. Un peu plus loin la cathédrale des temps modernes, un grand miroir qui ne réfléchit rien, juste capable de couper le ciel en deux. Nul doute, nous sommes dans la tête de l’artiste, et nous y reconnaissons les contrastes que nous aimons, les contrastes qui jalonnent aussi notre propre perception des endroits où nous vivons. Mais cette ville, est-elle vraiment imaginaire ? Difficile de ne pas voir Fribourg, son escarpement, ses vieux murs et sa verdeur puisée dans l’eau. Est-ce le Fribourg du futur, celui que nous connaîtrons après le réchauffement de la planète ? J’ai l’impression que l’artiste le sait. Il a ressenti le besoin de scinder son monde en deux, avec des ciels de couleur différente. Nul doute qu’il a choisi de vivre sur l’îlot. Un arbre suffit pour s’appuyer et contempler l’univers, et le rebâtir à sa façon. L’artiste a cependant pris garde à ne pas couper les ponts avec ses semblables. Il partage avec eux ses rêves et ses nuages, ce bout de terrain et de réalité qui sont les siens et qu’il tente de faire passer d’un côté à l’autre de la déchirure. Sûr qu’il va y parvenir, tant est grande la force de son coup de pinceau.  A marée basse . Une manière aussi de nous rappeler que le monde renaît chaque jour et que nous, ses humbles citoyens, vivons au gré des vagues, bien souvent sans nous en rendre compte.

A quand  La marée haute, que nous sachions mieux ce qui nous attend ?


Texte d'Hubertus Von Gemmingen, paru dans le livre "PAR DÉFAUT".

Rien n’indique que nous sommes au centre d’une ville, sur une place dite grande. De toute évidence, il s’agit d’un parking ressemblant à un jeu de marelle pour bagnoles. Mais les joueurs manquent. Peut-être parce que c’est dimanche. L’invitation à une séance – l’ultime ? – ne déplace pas les foules. Les pigeons sont entre eux. Calme, luxe et volupté pour l’avifaune, même si les toits qui lui restent en ville diminuent d’année en année. Ni spéculateurs ni architectes n’ont d’égard pour ceux qui souillent tout support. La pitié, c’est l’affaire des petites vieilles qui vident en cachette un sac de grains, faisant croire que c’est un cadeau du ciel. Le dimanche, il n’y a pas de cadeau, les dames sont à l’église.
Vu du pigeonnier dont l’ouverture en losange symbolise la vie, la toiture de la bâtisse ressemble à une réserve préalpine. Contrastant avec la crête douce du premier plan, le paysage escarpé des combles témoigne d’extensions diverses et d’un développement dont la précarité est inversement proportionnelle aux prétentions des propriétaires. Le seul élément durable étant l’intérimaire, le provisoire s’installe sur un site perdu entre cité médiévale et quartier à boulevard.

Maison de tir, halle de gymnastique, place du cirque à l’ombre d’une tour balourde : les alentours sont douteux. Au manque de sérieux correspond le désir de divertissement, une recherche de plaisirs d’abord louche, ensuite honnête, d’abord bourgeoise, ensuite alternative. Cinoche, club et bar, boutique pour meubles, livres, disques et vidéos, la bicoque attire un public de plus en plus volatile.

Or, avant le crépuscule d’une culture filant à l’anglaise, si ce n’est à l’américaine, il y a la chasse au profit. Le tissu urbain souffre de la passion du lucre. Contre toute attente, la spéculation aveugle crée un îlot vert. Les oiseaux survolant ce carré de nature sauvage au milieu de l’asphalte sont les seuls à jouir d’une vue d’ensemble ; pour les humains, la dernière séance est l’unique perspective.


Texte d'Alain Bosson, paru dans le livre "PAR DÉFAUT".

Je n’ai pas toujours aimé Fribourg. Quand on est un enfant, on est comme les oiseaux et les fourmis, on ne vient de nulle part, on se trouve bien où l’on est, sans se poser trop de questions. Les souvenirs et les couleurs de mon enfance, c’est le ciel bleu du Tessin, les murs bariolés d’Ascona, la place de jeu du Monte Verità, et l’institutrice qui m’a donné le goût des livres. Je suis arrivé à Fribourg à l’âge de dix ans, au mois de novembre, un triste mois de novembre. J’avais une tante qui habitait, à cette époque, à la Planche-Supérieure, côté Sarine. Personnage haut en couleurs, elle contrastait avec l’apparente monotonie de la Basse-Ville à ce moment de l’année. Son appartement était très humide et vieillot : on avait l’impression d’entrer dans la taverne d’une sorcière. Elle avait bourlingué, et j’adorais écouter ses récits de voyages, remplis d’humour et d’indépendance d’esprit. Je l’ai rapidement identifiée à tout ce coin du vieux Fribourg.

Lorsque j’ai commencé à découvrir, aux cours de dessin à St-Michel, des œuvres « fribourgeoises » de Jean-Pierre Humbert, j’ai eu le sentiment curieux de retrouver d’un coup mes toutes premières impressions de Fribourg, images transformées jusqu’à l’oubli par une familiarité nouvelle avec les lieux. L’apparente austérité et le calme de surface des compositions de l’artiste, l’équilibre improbable des lieux et des espaces représentés, l’insertion d’éléments hétérogènes qui créent une atmosphère de unheimlich – l’inquiétante étrangeté chère à Freud, sont autant de traits constitutifs de la poétique de Jean-Pierre Humbert lorsqu’il nous propose un Fribourg onirique.

Mais pour rêver une ville, encore faut-il la connaître, et Fribourg n’est pas une ville qui se laisse comprendre facilement. Léon Savary l’a bien senti, lorsqu’il écrit en 1929, « Une cité de rêve… Mais à tous elle ne livre pas son secret ». Sur le plan littéraire, il appartiendra surtout à des écrivains du dehors (Savary, Cingria, Chessex) de nous laisser entrevoir une partie de l’âme profonde de Fribourg. De doctes savants ont consacré leur vie à étudier l’ancienne cité des Zähringen sous toutes ses coutures : les Alexandre Daguet, Pierre de Zurich, Marcel Strub et toutes celles et ceux qui les ont suivis ont contribué à nous donner une connaissance approfondie de la ville, une connaissance claire et intelligible pour l’esprit. Les artistes, eux, nous donnent un accès plus immédiat, plus profond, plus essentiel : ce n’est pas notre intellect cartésien qui est touché, mais notre cœur, nos sentiments, notre univers émotionnel.

Le Fribourg onirique de Jean-Pierre Humbert touche au plus près l’âme profonde de la ville, mais sans passéisme. Au contraire, le dialogue est constant entre le Fribourg qui est et celui qu’il pourrait être. Les lectures multiples, parallèles, toutes celles que l’artiste a rendues possibles et toutes celles qu’il a seulement soupçonnées, éclairent tour à tour les facettes d’une œuvre extraordinairement complexe. Dans Evasion (1987), l’intrusion de la modernité amène, tout à la fois, un sentiment d’écrasement et une ouverture, improbable mais possible vers un ailleurs. La richesse sémantique de l’œuvre n’exclut pas une certaine ambivalence, et, comme dans certains rêves que nous faisons, mais à l’inverse de notre vie consciente, certains éléments étranges nous paraissent, sur le moment, tout à fait familiers et cohérents.

Je ne peux pas croire que Jean-Pierre Humbert fête aujourd’hui ses 60 ans. Jean-Pierre Humbert doit avoir au moins 5 ou 600 ans, au bas mot, pour connaître si intimement le caractère et l’âme de Fribourg.


Texte de Cécile Bertschy, paru dans le livre "PAR DÉFAUT".

Une fermeture Eclair jaune ouverte, un homme seul face au vide… la femme est absente. Cette œuvre évoque pour moi la liberté et la solitude. Une passerelle donne à penser que la femme peut se trouver dans l’une ou l’autre maison. Dans cet univers, les êtres et le monde se séparent et se lient simultanément. L’atmosphère en demi-teinte est mystérieuse. D’où je suis, je me laisse aller à méditer sur la couleur des rochers et sur l’effet miroir des maisons. Il me vient un besoin d’évasion, l’envie de découvrir un nouveau monde.

Cet homme de dos, est-il sans expression, sans sentiment ?  La construction du dessin est géométrique, mais pourtant, l’ensemble paraît mouvant. Rien n’est figé,  tout bouge au rythme que mettent les sillons des rides à lentement se creuser. Il en résulte un rapport insolite au temps qui se contorsionne, qui s’ouvre, se distend et qui laisse entrevoir les vides immenses qu’il nous dissimulait. Le personnage sur cette passerelle se cache et s’exhibe tout en même temps. Il est là sur ce qui pourrait être un pont… et si tout n’était qu’illusion, parenthèse au milieu de l’éternité ?

Cette œuvre, enveloppée dans un épais silence éloquent, m’emplit d’émotion et m’interroge. Peut-on être heureux et épanoui sans conjoint, sans enfant, sans famille? Cet être, seul sur ce pont, suspendu en équilibre au-dessus du vide, me fait irrésistiblement ressentir la fragilité de notre passage terrestre. Bien que cette estampe nous donne une représentation extrêment ironique du couple, elle laisse heureusement et paradoxalement beaucoup d’espace à l’espoir.
Parmi beaucoup d’autres, cette œuvre met en relief l’érudition du travail de Jean-Pierre Humbert. Son inspiration et ses aspirations en font, je crois, un artiste majeur.

Jean-Pierre est mon frère et j’apprécie depuis de nombreuses années de voir son talent irrésistiblement émerger à travers une vie responsable, honnête et fidèle. Des qualités qui font de lui une personnalité complète.
Il est un artiste et un poète qui écrit, parle et chante en peignant !