Jean-Pierre Humbert peintre et graveur

Oeuvre de la semaine


Texte d'Albert Noth, paru dans le livre "PAR DÉFAUT".

Etrange image. Un coin de la ville de Fribourg bien connu. Mais qu’a bien voulu nous dire l’artiste en faisant apparaître au premier plan un énorme fossé rempli d’eau ? Comme la scène que nous découvrons se trouve devant la direction des finances cantonales, il faut croire que Jean-Pierre Humbert a eu en tête les déficits de l’Etat. En plus, le ciel orageux ne laisse pas entrevoir une amélioration de la situation, bien au contraire. Si tel était le cas, sa vision aurait été fausse. Les comptes de l’Etat affichent, aujourd’hui, une fortune nette non négligeable et une image allégorique nécessiterait l’ajout d’une montagne ou du moins d’un mamelon, symbolisant les coffres qui enflent en sous-sol.

Mais il pourrait également s’agir de l’impression d’un étudiant qui, sortant de Miséricorde après avoir appris qu’il a échoué aux examens, est confronté, dans sa détresse, à une immense déchirure.

Malgré tout, il y a de l’espoir. Les cigognes sont bien présentes. Elles couvent et nous rappellent que la vie continue…


Texte de Bernard Waeber, paru dans le livre "PAR DÉFAUT".

C’est le meilleur moment de la journée pour découvrir des trésors !

Aujourd’hui l’artiste a ramené dans ses filets une ville imaginaire, avec des maisons solides, arrimées au rocher, ouvertes vers l’extérieur par de multiples fenêtres et balcons. Des maisons aussi qui se disloquent pour envahir l’espace, cherchant soutien sur les nuages. Un peu plus loin la cathédrale des temps modernes, un grand miroir qui ne réfléchit rien, juste capable de couper le ciel en deux. Nul doute, nous sommes dans la tête de l’artiste, et nous y reconnaissons les contrastes que nous aimons, les contrastes qui jalonnent aussi notre propre perception des endroits où nous vivons. Mais cette ville, est-elle vraiment imaginaire ? Difficile de ne pas voir Fribourg, son escarpement, ses vieux murs et sa verdeur puisée dans l’eau. Est-ce le Fribourg du futur, celui que nous connaîtrons après le réchauffement de la planète ? J’ai l’impression que l’artiste le sait. Il a ressenti le besoin de scinder son monde en deux, avec des ciels de couleur différente. Nul doute qu’il a choisi de vivre sur l’îlot. Un arbre suffit pour s’appuyer et contempler l’univers, et le rebâtir à sa façon. L’artiste a cependant pris garde à ne pas couper les ponts avec ses semblables. Il partage avec eux ses rêves et ses nuages, ce bout de terrain et de réalité qui sont les siens et qu’il tente de faire passer d’un côté à l’autre de la déchirure. Sûr qu’il va y parvenir, tant est grande la force de son coup de pinceau.  A marée basse . Une manière aussi de nous rappeler que le monde renaît chaque jour et que nous, ses humbles citoyens, vivons au gré des vagues, bien souvent sans nous en rendre compte.

A quand  La marée haute, que nous sachions mieux ce qui nous attend ?


Texte d'Hubertus Von Gemmingen, paru dans le livre "PAR DÉFAUT".

Rien n’indique que nous sommes au centre d’une ville, sur une place dite grande. De toute évidence, il s’agit d’un parking ressemblant à un jeu de marelle pour bagnoles. Mais les joueurs manquent. Peut-être parce que c’est dimanche. L’invitation à une séance – l’ultime ? – ne déplace pas les foules. Les pigeons sont entre eux. Calme, luxe et volupté pour l’avifaune, même si les toits qui lui restent en ville diminuent d’année en année. Ni spéculateurs ni architectes n’ont d’égard pour ceux qui souillent tout support. La pitié, c’est l’affaire des petites vieilles qui vident en cachette un sac de grains, faisant croire que c’est un cadeau du ciel. Le dimanche, il n’y a pas de cadeau, les dames sont à l’église.
Vu du pigeonnier dont l’ouverture en losange symbolise la vie, la toiture de la bâtisse ressemble à une réserve préalpine. Contrastant avec la crête douce du premier plan, le paysage escarpé des combles témoigne d’extensions diverses et d’un développement dont la précarité est inversement proportionnelle aux prétentions des propriétaires. Le seul élément durable étant l’intérimaire, le provisoire s’installe sur un site perdu entre cité médiévale et quartier à boulevard.

Maison de tir, halle de gymnastique, place du cirque à l’ombre d’une tour balourde : les alentours sont douteux. Au manque de sérieux correspond le désir de divertissement, une recherche de plaisirs d’abord louche, ensuite honnête, d’abord bourgeoise, ensuite alternative. Cinoche, club et bar, boutique pour meubles, livres, disques et vidéos, la bicoque attire un public de plus en plus volatile.

Or, avant le crépuscule d’une culture filant à l’anglaise, si ce n’est à l’américaine, il y a la chasse au profit. Le tissu urbain souffre de la passion du lucre. Contre toute attente, la spéculation aveugle crée un îlot vert. Les oiseaux survolant ce carré de nature sauvage au milieu de l’asphalte sont les seuls à jouir d’une vue d’ensemble ; pour les humains, la dernière séance est l’unique perspective.


Texte d'Alain Bosson, paru dans le livre "PAR DÉFAUT".

Je n’ai pas toujours aimé Fribourg. Quand on est un enfant, on est comme les oiseaux et les fourmis, on ne vient de nulle part, on se trouve bien où l’on est, sans se poser trop de questions. Les souvenirs et les couleurs de mon enfance, c’est le ciel bleu du Tessin, les murs bariolés d’Ascona, la place de jeu du Monte Verità, et l’institutrice qui m’a donné le goût des livres. Je suis arrivé à Fribourg à l’âge de dix ans, au mois de novembre, un triste mois de novembre. J’avais une tante qui habitait, à cette époque, à la Planche-Supérieure, côté Sarine. Personnage haut en couleurs, elle contrastait avec l’apparente monotonie de la Basse-Ville à ce moment de l’année. Son appartement était très humide et vieillot : on avait l’impression d’entrer dans la taverne d’une sorcière. Elle avait bourlingué, et j’adorais écouter ses récits de voyages, remplis d’humour et d’indépendance d’esprit. Je l’ai rapidement identifiée à tout ce coin du vieux Fribourg.

Lorsque j’ai commencé à découvrir, aux cours de dessin à St-Michel, des œuvres « fribourgeoises » de Jean-Pierre Humbert, j’ai eu le sentiment curieux de retrouver d’un coup mes toutes premières impressions de Fribourg, images transformées jusqu’à l’oubli par une familiarité nouvelle avec les lieux. L’apparente austérité et le calme de surface des compositions de l’artiste, l’équilibre improbable des lieux et des espaces représentés, l’insertion d’éléments hétérogènes qui créent une atmosphère de unheimlich – l’inquiétante étrangeté chère à Freud, sont autant de traits constitutifs de la poétique de Jean-Pierre Humbert lorsqu’il nous propose un Fribourg onirique.

Mais pour rêver une ville, encore faut-il la connaître, et Fribourg n’est pas une ville qui se laisse comprendre facilement. Léon Savary l’a bien senti, lorsqu’il écrit en 1929, « Une cité de rêve… Mais à tous elle ne livre pas son secret ». Sur le plan littéraire, il appartiendra surtout à des écrivains du dehors (Savary, Cingria, Chessex) de nous laisser entrevoir une partie de l’âme profonde de Fribourg. De doctes savants ont consacré leur vie à étudier l’ancienne cité des Zähringen sous toutes ses coutures : les Alexandre Daguet, Pierre de Zurich, Marcel Strub et toutes celles et ceux qui les ont suivis ont contribué à nous donner une connaissance approfondie de la ville, une connaissance claire et intelligible pour l’esprit. Les artistes, eux, nous donnent un accès plus immédiat, plus profond, plus essentiel : ce n’est pas notre intellect cartésien qui est touché, mais notre cœur, nos sentiments, notre univers émotionnel.

Le Fribourg onirique de Jean-Pierre Humbert touche au plus près l’âme profonde de la ville, mais sans passéisme. Au contraire, le dialogue est constant entre le Fribourg qui est et celui qu’il pourrait être. Les lectures multiples, parallèles, toutes celles que l’artiste a rendues possibles et toutes celles qu’il a seulement soupçonnées, éclairent tour à tour les facettes d’une œuvre extraordinairement complexe. Dans Evasion (1987), l’intrusion de la modernité amène, tout à la fois, un sentiment d’écrasement et une ouverture, improbable mais possible vers un ailleurs. La richesse sémantique de l’œuvre n’exclut pas une certaine ambivalence, et, comme dans certains rêves que nous faisons, mais à l’inverse de notre vie consciente, certains éléments étranges nous paraissent, sur le moment, tout à fait familiers et cohérents.

Je ne peux pas croire que Jean-Pierre Humbert fête aujourd’hui ses 60 ans. Jean-Pierre Humbert doit avoir au moins 5 ou 600 ans, au bas mot, pour connaître si intimement le caractère et l’âme de Fribourg.


Texte de Cécile Bertschy, paru dans le livre "PAR DÉFAUT".

Une fermeture Eclair jaune ouverte, un homme seul face au vide… la femme est absente. Cette œuvre évoque pour moi la liberté et la solitude. Une passerelle donne à penser que la femme peut se trouver dans l’une ou l’autre maison. Dans cet univers, les êtres et le monde se séparent et se lient simultanément. L’atmosphère en demi-teinte est mystérieuse. D’où je suis, je me laisse aller à méditer sur la couleur des rochers et sur l’effet miroir des maisons. Il me vient un besoin d’évasion, l’envie de découvrir un nouveau monde.

Cet homme de dos, est-il sans expression, sans sentiment ?  La construction du dessin est géométrique, mais pourtant, l’ensemble paraît mouvant. Rien n’est figé,  tout bouge au rythme que mettent les sillons des rides à lentement se creuser. Il en résulte un rapport insolite au temps qui se contorsionne, qui s’ouvre, se distend et qui laisse entrevoir les vides immenses qu’il nous dissimulait. Le personnage sur cette passerelle se cache et s’exhibe tout en même temps. Il est là sur ce qui pourrait être un pont… et si tout n’était qu’illusion, parenthèse au milieu de l’éternité ?

Cette œuvre, enveloppée dans un épais silence éloquent, m’emplit d’émotion et m’interroge. Peut-on être heureux et épanoui sans conjoint, sans enfant, sans famille? Cet être, seul sur ce pont, suspendu en équilibre au-dessus du vide, me fait irrésistiblement ressentir la fragilité de notre passage terrestre. Bien que cette estampe nous donne une représentation extrêment ironique du couple, elle laisse heureusement et paradoxalement beaucoup d’espace à l’espoir.
Parmi beaucoup d’autres, cette œuvre met en relief l’érudition du travail de Jean-Pierre Humbert. Son inspiration et ses aspirations en font, je crois, un artiste majeur.

Jean-Pierre est mon frère et j’apprécie depuis de nombreuses années de voir son talent irrésistiblement émerger à travers une vie responsable, honnête et fidèle. Des qualités qui font de lui une personnalité complète.
Il est un artiste et un poète qui écrit, parle et chante en peignant !


Texte de Jacques Barberis, paru dans le livre "PAR DÉFAUT".

Une fois encore, Jean-Pierre Humbert et Fribourg. Les comptes, qui font les bons amis, ne sont pas encore rendus ! Les rapports restent tendus, et l’on pense malgré soi à Chessex, cet « étranger » protestant qui, occupé à en découdre avec elle, fait tout de même de cette vieille ville un lieu de passions et de drames. Rien de tel chez Jean-Pierre Humbert, pourtant rejeton de ces murs, sous la patte duquel Fribourg est le souvent désincarnée, minéralisée, vidée et statique.

Ici, une fois de plus, la « basse » devient la « haute », mais ce n’est que pour mieux être excisée, tissu mort, du vivant organisme urbain. En point culminant, la cathédrale, mère des Institutions, tient fièrement son rôle nouveau de mât ou de tour de contrôle. Seul rescapé de la modernité, un hôtel cubique et sans toit peine à la concurrencer. Mais l’ensemble est instable, plus bateau ivre que paquebot, sans passagers ni équipage.

A la poupe ou à la proue, passerelle inutile, l’un de ces ponts qui ont fait la gloire de la cité résiste, appendice incongru. S’il s’écroule, rupture d’anévrisme, c’est l’asphyxie et l’adieu aux derniers espoirs d’accostage. Or aucun port n’est en vue !

Seule la mer semble vivante, houleuse, démontée même, et écumante : contraste frappant entre un monde minéral et fier, prêt à défier des siècles encore, et un élément capricieux et polymorphe. Le paquebot a déjà perdu la partie cependant, il ne tiendra plus longtemps, chargé d’un poids trop lourd et mal réparti. Il semble d’ailleurs déjà s’être échoué sur le fond, monolithe livré à l’érosion des vagues.

Qui donc a lancé l’ordre de larguer les amarres, scellant ainsi le sort de l’embarcation ? L’inconscient se trouve-t-il sur le pont, ou est-il resté à quai ?

Son regard extérieur ( détaché ? ) jeté sur le paquebot trahit l’auteur : les deux pieds sur la terre ferme, il a choisi le « bon côté » et il assiste, comme le spectateur, au départ des vestiges d’un monde condamné à disparaître, pittoresque mais anémié, réduit à un simple décor. Et avec lui, le naufrage inévitable d’un ordre archaïque, pourtant bien établi encore, et l’anéantissement d’un pont, dernier cordon ombilical, qui de toute façon perdrait dans peu de temps sa raison d’être, remplacé par une autre œuvre projetée dans le monde des vivants.

Alors, Humbert l’anarchiste veut-il vraiment larguer Fribourg ?


Texte de Pierre Savary, paru dans le livre "PAR DÉFAUT".

Les jeunes quartiers sont incroyables. Ils travaillent jusqu’à point d’heure et sont bien capables, après ça, de boire du gin fizz toute la nuit. Ils ont des boîtes pour. Des boîtes à travailler, des boîtes à s’amuser. Les unes à côté des autres. Quand une boîte à travailler doit fermer pour cause de diablerie économique, elle est transformée en boîte à s’amuser. Et les ouvriers d’avant grattent leurs poches pour les verres d’après, qui pétillent sans conviction sur l’établi repeint en gothic metal. Le didjé anthracite fait le clown, il s’est mis un nez vert.

Les jeunes quartiers sont impitoyables. Ils jouent des coudes, ils s’administrent l’espace. Ils avancent à grands coups de pelle, le menton en avant, nuque d’acier et hanches de béton. Devant l’offensive, les aînés, les vieux quartiers, cotonnent de tous leurs membres. Ils se tiennent par la manche, ils retirent leurs pattes et rentrent leurs antennes. Ils se resserrent, se contractent, se recroquevillent. Ils respirent à petite haleine le peu d’air que leur laissent les narines conquérantes. Ils se voient repoussés là où les bâtisseurs perdent leurs idées, sur les talus à moutons et les anciens ruclons.

Et la vague enfle encore, et les plus vieux des vieux quartiers se retrouvent à fleur de vide, âpre cortège médiéval où les maisons font la queue devant le gouffre, devant l’oubli.

Une crevasse apparaît sur la falaise. Le pan de mémoire craque comme un glacier au dégel.

A un jet de bouteille à encre, là où les racines du monde plongent dans la terre souple et profonde, trois chênes maigres se fabriquent leur propre destin. Les deux premiers, comme les filaments d’une ampoule, posent un point d’interrogation : suffit-il de lever les bras pour décrocher la lune ? Le troisième fait le clown, il s’est mis des feuilles.

Texte d'Emile Aebischer (Yoki), paru dans le livre "PAR DÉFAUT".

Reconnu comme un graveur connaissant toutes les finesses d’un métier éprouvé, Jean-Pierre Humbert a su rendre ici la poésie intime d’un lieu familier en une lithographie dont la granulométrie est d’une finesse inhabituelle. Une partie de son paysage préalpin, aisément reconnaissable, va se fondre dans une lumière de type lunaire. « Tenté par le surréalisme ? », lâchez-vous à son auteur. Il vous répondra ne pas se reconnaître sous cette étiquette. Il a cependant l’art de faire cœxister les contraires en l’unité d’une composition par la hardiesse lumineuse de son faire.


Texte de Zeljko Djurovic, paru dans le livre "PAR DÉFAUT".

La gravure exige maîtrise technique, conscience du procédé et du but. En conséquence, elle demande beaucoup d’habileté et de connaissances. Régie par des lois rigoureuses, élaborées pendant des siècles, contrôlées et perfectionnées, elle libère l’artiste-graveur des questions du lien entre passé et présent. Elle est et a surtout été pratiquée par des hommes d’un grand savoir-faire, habiles de leurs mains, très patients et précis dans le travail.

Une gravure est toujours un dialogue avec le passé, avec l’antique secret de la première empreinte. A l’aurore du genre humain, quand le chasseur préhistorique, prophète et artiste, retira sa main sombre, noircie de suie, du mur de la grotte, il a vu noir sur blanc, le mystère de la gravure. C’est la même émotion qu’éprouve l’artiste-graveur contemporain quand il lève sa feuille de la plaque gravée. Rien n’a changé, la métaphysique de la blancheur, le miracle de l’empreinte, exercent la même fascination. Culte et fétichisme des matières et de leur usage, particularité du procédé ne sont nulle part présents comme dans la gravure. En regardant l’œuvre de Jean-Pierre intitulée Restructuration on ne peut pas faire autrement que de se rappeler toutes ces spécificités de la gravure comme méthode* de création.

Irréprochablement réalisée et imprimée, claire dans ses idées, sa gravure tisse un lien entre le passé et le présent et elle anticipe le futur (pas très rose). Elle éveille chez l’observateur un sentiment nostalgique avec une projection rebutante du futur. Visuellement attractive, elle oblige l’œil du spectateur au changement perpétuel de distance focale, circulant de l’éloignement kilométrique aux micro-détails du premier plan. La correspondance entre le passé et le futur est établie de manière verticale, ce qui semble logique si l’on considère que l’artiste vit dans d’une ville à l’histoire profonde et en mutation rapide vers la modernité. Vous ne pouvez pas regarder cette estampe sans vous interroger: d’où venons-nous, qui sommes-nous et où allons-nous ?

Du simple fait qu’il a contribué à faire connaître mon travail sur la scène artistique européenne, je ne peux pas écrire sur l’art de Jean-Pierre Humbert comme un observateur froid et indépendant ( de toutes façons il y a toujours une part de subjectivité dans l’art ). Il faut dire que notre collaboration professionnelle s’est depuis mutée en amitié.

* Méthode: Recherche, voies et moyens de rechercher. Procédé réfléchi et planifié du travail dans le but de trouver la vérité et la lumière.


Texte de Ralf Ludwig, paru dans le livre "PAR DÉFAUT".

Sur un fond bleu, sombre, menaçant, la lithographie Passé décomposé de Jean-Pierre Humbert nous montre une vieille ville de Fribourg qui se désagrège. Un élément est suspendu dans l’air, d’autres flottent, descendent, les plus petites pièces tombent brutalement dans le vide. Pour l’observateur les mouvements ne sont pas uniformes, ni dans le sens de la direction, ni dans le sens de la vitesse de déplacement. La gravitation semble inexistante, témoignant d’une illusion.

Pour ne pas les perdre, le spectateur est tenté de retenir ces blocs de molasse qui se détachent, de conserver ces traces du passé de cette partie de la ville qui se métamorphose. À nos yeux, dans notre imaginaire, elle semble bien différente de la réalité. Ce passé dépassé, cette mémoire décomposée, ces années réduites à des minutes, des secondes induisent le luxe de ne pas nous confronter au passé. Mais, remontant du fond, surgissent des fragments qui se recomposent au moment ou l’on s’y attend le moins.

Lors d’une exposition à l’hôtel Duc Berthold voici 36 ans, c’est à Jean-Pierre que j’ai acheté ma première œuvre d’art. Je vois encore l’image sur le mur, l’endroit précis où nous nous sommes rencontrés. Les autres tableaux de l’exposition, tout comme les visiteurs, disparaissent dans la pénombre, tous effacés par les années.