Jean-Pierre Humbert peintre et graveur

Oeuvre de la semaine


Texte de Pascal Corminboeuf, paru dans le livre "PAR DÉFAUT".

Une miniature symbolique de notre ville qui lui donne un air d’Ascension, alors qu’elle semble larguer ses habitants dans un espace intersidéral,

Des racines urbaines qui se transforment en êtres humains étonnamment pas tous malheureux et pas spécialement traumatisés par cet Ite missa est vers un enfer incertain,

De fiers clochers d’antan pour crier vers le ciel un désarroi devant la décadence de notre société occidentale bientôt incapable de construire ou de laisser construire un lieu de recueillement ou une chapelle,

Une sérénité de surface pour cacher sous la glèbe et sous les caveaux des neurones qui s’échapperaient d’un grand cerveau que posséderait la ville,

Autant d’interprétations qui me viennent en regardant cette lithographie de Jean-Pierre Humbert.

Je peux la faire tourner dans tous les sens, elle me parle et m’oblige à sortir de moi pour lui parler à mon tour, au jour le jour…

A 90° c’est encore plus déstabilisant, la séparation entre le visible rassurant et l’inconscient troublant est encore plus frappante.

A 180° c’est une espèce d’Australie qui plonge ses clochers dans l’Océan pacifique pour proposer des racines à ces humains en recherche d’eux-mêmes.

Rejoindre Icare en grappes humaines pour fuir un présent trop lourd et un plancher des hommes trop pesant satisfait le besoin vital de rêver ensemble. Le paradoxe veut qu’ici l’inaccessible étoile et son corollaire le ciel se situent en bas !

Un petit voyage dans les titres des œuvres de Jean-Pierre Humbert ressemble à un catalogue à la Prévert d’où l’on extrairait de quoi inventer un nouveau langage que l’on appellerait aussi Esperanto.


Texte de Bernard Bertherin, paru dans le livre "PAR DÉFAUT".

L’artiste confie la plume à l’ami et lui propose de composer un texte inspiré par l’estampe Coup de foudre. L’ami d’abord surpris, car n’étant pas homme de lettre et ne maîtrisant pas du tout l’art, accepte de le faire avec le cœur.

Avec cette œuvre, l’artiste met en scène l’humain au pluriel. Approchez-vous et regardez avec quelle magie les êtres représentés défient l’équilibre parfois fragile dans lequel ils doivent vivre. La couleur choisie pour cette œuvre va du noir au gris vert pour finir par éclater dans le bleu du ciel et dans toutes les teintes qui figurent notre environnement ; tout simplement la vie.

J’aime cette façon de laisser à chacun le choix de se définir et de prendre conscience que cette nature que l’on oublie trop souvent de respecter mérite l’arrêt sur image de cette estampe. Liberté et respect de l’autre, l’artiste nous conduit dans un voyage ou la vraie dimension reste humaine.

Nous devons apprendre à utiliser les choses et à aimer les gens plutôt que d’aimer les choses et utiliser les gens. C’est la bénéfique et vitale secousse que me procure ce Coup de foudre.

Texte de Bogdan Krsic, paru dans le livre "PAR DÉFAUT".

En ma qualité d’ami et de confrère graveur partageant le même courant de pensée, il m’est difficile d’écrire sur une gravure de Jean-Pierre. Mes impressions ont toutes les chances de différer de ses intentions. Si quelqu’un devait écrire sur mes propres œuvres, j’aimerais surtout que son regard me révèle la part inconsciente de ma création.

Jean-Pierre fait partie du cercle des artistes sensibles au message engagé et toujours d’actualité de cette grande œuvre de la Renaissance qu’est La nef des fous de Sébastian Brant, version populaire du savant traité Eloge de la folie d’Erasme de Rotterdam. De Hieronymus Bosch, Pieter Brueghel, Albrecht Dürer et Hans Holbein aux artistes contemporains, aux graveurs du fantastique, comme le grand artiste slovaque Albin Brunovski, ce thème reste toujours aussi attractif car la folie humaine ne change pas, quelles que soient l’époque, l’ambiance et les apparences.

Cependant, Jean-Pierre a gravé une vision différente de La nef des fous. Il n’en offre pas une représentation d’exégète. Il ne nous fait pas la revue des folies individuelles et des vices humains décrits dans les 96 poèmes de Brant qu’Albrecht Dürer fut le premier à illustrer avec 96 gravures sur bois. Jean-Pierre nous montre l’image de la folie de l’ensemble des humains. Sa gravure figure un océan agité au milieu duquel la nef fait plus penser à une île qu’à un bateau. Une île à deux troncs dont la couronne porte une toile de corps humains aux poses grotesques et entrelacés de la manière caractéristique dont il dessine une grande partie de ses sujets. Il semble nous dire que ce qui importe ce n’est pas tant que les gens soient corrompus, exaltés, passionnés et fous, mais bien que le monde est fou et qu’il est gouverné par cette épidémie.

Cette gravure de grand format est, comme toujours chez Jean-Pierre, magistralement réalisée, avec un métier sans faille, artistiquement persuasive et riche en nuances.

Texte de Michel Rast, paru dans le livre "PAR DÉFAUT".

Mémoire vive
Mémoire morte
Mémoire à bulles et à balles

L’enfant joue, l’enfant tombe, l’enfant-roi
Jeux de maux, jeux de mots, jeux vilains
L’enfant pleure outre-tombe, désarroi

Breughel guette au détour du rêve
Diablotins enlacés et racines s’enchaînent
Le feu éternel n’est pas loin

Alnésie ou Amzheimer, Alnheimer ou Amzésie
Au pays de l’oubli, les souvenirs gris et bruns s’entrechoquent
Coques vides et regard de pierre
Sur sourire énigmatiquement jocondoïdal – voire jocondoïdais

Grisailles, ocrailles ou blanchailles
S’égarent les idées en pagaille

Mémoire vive
Mémoire morte
Mémoire à bulles et à Baal

Texte de Sylvia Humbert, paru dans le livre "PAR DÉFAUT".

C’est avec tendresse et humour que je vous invite à la rencontre de l’œuvre intitulée Autoportrait en interprétant les multiples facettes des lettres et chiffres composant l’identité de Jean-Pierre Humbert, né le 12.09.1947.

J - Joue le Jeu de la vie avec Jovialité et Justesse.
E - Elan pour Ecarter les Embûches.
A - Artiste, Actif et Amical, Agit Affectueusement Avec Axel.
N - Négocie Naturellement la Nécessité du Nouveau.
P - Père Passionné Par Philippe, Peintre Perfectionniste et Pertinent.
I - Intuitif, Imaginatif, Il s’Intègre avec Intelligence en son Individualité.
E - Envol Enthousiaste vers l’Evasion.
R - Respecte les Racines et les Richesses de chaque être.
R - Raphaël Rend la vie Radieuse.
E - Etincelle pleine d’Energie En Equilibre dans l’Espace.
H - Harmonise le Haut et bas pour une Heureuse Hiérarchie.
U - Unique et Universel, Utopiste pour certains, Utile pour d’autres.
M - Merci Milka, Martin, Mirko : la Maison est Merveilleuse.
B - Bigrement Bienfaisant est le Ballon Brun et Beige de Basket.
E - Etre avec Emotion à l’Ecoute de son Enfant intérieur.
R - Réunit le Rêve et la Réalité en un même Regard.
T  - Tire le Trait d’union Talentueux entre Tous et Tout.

Natif du 12 : cherche à se connaître pour exprimer ensuite sa nature et la faire rayonner autour de lui. Cela le conduit à décider, créer, rénover, observer, écouter pour soumettre ce qui est reçu à l’analyse personnelle et transmettre ensuite ses acquis à l’extérieur.

12.09.1947 : importance de la famille, du foyer. A travers les nombreuses responsabilités, confrontation constante à la recherche de l’équilibre entre les extrêmes. Sa force réside à être dans le « juste milieu », à accepter avec intelligence l’expression de la Vie dans toutes ses manifestations.

Texte de Martin Humbert, paru dans le livre "PAR DÉFAUT".

La déchirure se fait sentir
Tout comme l’envie de repartir
Spectatrice de la descente aux enfers
J’ai peur pour mes racines et ma terre
Je ferme les yeux pour m’évader
Rien à faire, je les imagine tous tomber


Texte de Paul Grossrieder, paru dans le livre "PAR DÉFAUT".

Quelle curieuse histoire que celle des droits de l’homme. Dans les textes, Aristote les proclame déjà au IVe siècle avant notre ère. Sauf que la société grecque de ce temps ne les valide que pour les hommes libres et pas pour les esclaves. Un peu plus tard, les Evangiles placent l’homme au centre de la société et déclarent sa dignité indépendante de sa couleur, de sa race, de sa langue ou de sa religion. Et puis, au XVIIIe siècle, les Lumières prêchent le respect de l’homme et la paix universelle, repris en partie par la Révolution française. Mais ce n’est qu’après la deuxième guerre mondiale que les Etats membres des Nations Unies s’entendent sur une « Déclaration universelle des droits de l’homme ».

Depuis 60 ans son application est laborieuse. Les politiciens de tout bord veulent s’approprier ces droits, les interpréter à leur goût. Certains veulent même les « réécrire ». De principes absolus, ils deviennent des justifications de comportements inacceptables. Au nom des droits de l’homme, on en vient à les mettre entre parenthèses, sous prétexte de sécurité. L’humanité n’est plus une mais divisée entre « bons » et « mauvais ». On ne reconnaît le respect dû à la dignité humaine qu’aux « bons ». Des traditions ancestrales servent de prétexte pour ne pas reconnaître l’égalité en dignité. Parfois, on en appelle même à Dieu pour s’en faire un allié contre les droits de l’homme. La perversion est alors à son comble. Cette histoire nous laisse avec une question mystère : pourquoi, après vingt-cinq siècles de déclarations sur le respect de l’homme et de ses droits, retombe-t-on régulièrement dans les pires abus, alors qu’il serait de l’intérêt de chacun de respecter son semblable ?


Texte de MAH, paru dans le livre "PAR DÉFAUT".

Petit tour du monde
All around the world
Tout autour du monde

Un message d’espoir dans cet espace de chute
Transformé en flottement
Horloge du temps dans le tourbillon des heures
Spirale de la vie, volutes et circonvolutions.

Ouvrir cette parenthèse et s’infiltrer dans un monde sans frontières
Faire partie de cette terre qui elle déjà appartient à l’univers
Au céleste
Ouvrir les yeux et plonger éveillée dans le monde du rêve
Rêves conscients, images déferlantes qui se confondent
Méandres, kaléidoscope aux diagrammes infinis
Qui gratifient la vision émerveillée de l’enfant plongé dans la forme à discerner, à percevoir, à saisir, à créer.

L’artiste incite par son dépouillement
Occultant la lumière
A se dissocier de la temporalité
Refuge ouvert à une communication sans lisières.

J’aime rêver, et ce tableau m’amène inlassablement dans un univers, multivers où les corps sont le cœur, au centre, en un lieu idéalement vide
Chorégraphie d’un imprévisible ballet
Règne de l’infini dans lequel la multitude et la solitude convolent dans une étreinte d’espoir

Interminable tunnel
Passage obligé
Par lequel la lumière estampille
La délivrance

Petit tour du monde
All around the world
Tout autour du monde

En fermant cette parenthèse je préserve cette œuvre nichée dans mon cœur
Juste un instant encore fermer les yeux
Fantôme prismatique
Pour ouvrir une nouvelle parenthèse


Texte de Martin Kobel, paru dans le livre "PAR DÉFAUT".

C’était hier, ou je ne sais plus , l’Intercity
Brig-Milan-Roma Termini

vous êtes venue
pondérée et impondérable,
posée, positive, positron,
menue, contenue, retenue.

Oui c’était bien hier, après l’Intercity
Brig-Milan-Roma, à la  Fontaine de Trevi

vous êtes revenue
enjôlée, séduite, désirée,
usufruit, usucapion, usurpateur,
voulue,
mon, ton, votre, notre,
mien, tien, vôtre, nôtre,
mon avoir, mon bien, ma richesse, ma colonie
ma captive,

Cette nuit-là, à la Fontaine de Trevi
par l’Intercity un peu assourdi je vis et jouis.

vous voilà nue
disposée, dominée,
maîtrisée, baisée,
envoyée, niquée,
par diable ou démon,
amours, délices et ogre,
Dante et Dostoïevski:

Possédée.

Au matin, Fontaine de Trevi, Gare Termini,
pour être comme avant, suis reparti par l’Intercity, .
Rome, Milan, Brig.


Texte de Konstantinos Nassiopoulos, paru dans le livre "PAR DÉFAUT".

Décrire une œuvre d’art n’est pas une tâche facile.

A la lecture de mes précédentes tentatives, j’éprouve une amertume intellectuelle, quelque chose qui peut faire penser au goût que vous laisse le marc de café de mon pays natal.

Entrer dans l’univers de bon nombre d’artistes implique de comprendre un langage sans structure, un tissage hasardeux de mots qui nous laisse perplexe.

Heureusement, la rencontre avec l’œuvre Entre terre et mystère de Jean-Pierre Humbert nous épargne une telle mésaventure. Les couleurs apaisantes et végétales du bas du tableau nous situent précisément dans l’espace : nous sommes sur terre. Des lignes aléatoires simulent l’horizon. Elles donnent au paysage sa vaste diversité imaginaire et le font adopter par chacun de nous comme étant sien. En dessus, le ciel noir ne nous choque pas. Il fait office de corridor et il nous guide vers un soleil bleu à halo vert : le mystère. Est-ce le mystère qui englobe la terre ? Est-ce simplement la terre qui, aux yeux de l’artiste, balance entre réalisme et sa version mis-terre ?

Ainsi soit-il ! L’ensemble de l’œuvre flatte nos rétines sans réserve tandis que nos neurones esthètes trouvent leur fétiche de satisfaction absolue.

J’aime cette dérive mystique de Jean-Pierre Humbert qui nous a plutôt habitués à des réalisations d’inspiration géométrique qui trahissent un tempérament perfectionniste. Cette œuvre décore mon lieu de repos et, quand je ferme les yeux, son esprit guide mes rêves.