Jean-Pierre Humbert peintre et graveur

Oeuvre de la semaine

Texte de Martin Humbert, paru dans le livre "PAR DÉFAUT".

La déchirure se fait sentir
Tout comme l’envie de repartir
Spectatrice de la descente aux enfers
J’ai peur pour mes racines et ma terre
Je ferme les yeux pour m’évader
Rien à faire, je les imagine tous tomber


Texte de Paul Grossrieder, paru dans le livre "PAR DÉFAUT".

Quelle curieuse histoire que celle des droits de l’homme. Dans les textes, Aristote les proclame déjà au IVe siècle avant notre ère. Sauf que la société grecque de ce temps ne les valide que pour les hommes libres et pas pour les esclaves. Un peu plus tard, les Evangiles placent l’homme au centre de la société et déclarent sa dignité indépendante de sa couleur, de sa race, de sa langue ou de sa religion. Et puis, au XVIIIe siècle, les Lumières prêchent le respect de l’homme et la paix universelle, repris en partie par la Révolution française. Mais ce n’est qu’après la deuxième guerre mondiale que les Etats membres des Nations Unies s’entendent sur une « Déclaration universelle des droits de l’homme ».

Depuis 60 ans son application est laborieuse. Les politiciens de tout bord veulent s’approprier ces droits, les interpréter à leur goût. Certains veulent même les « réécrire ». De principes absolus, ils deviennent des justifications de comportements inacceptables. Au nom des droits de l’homme, on en vient à les mettre entre parenthèses, sous prétexte de sécurité. L’humanité n’est plus une mais divisée entre « bons » et « mauvais ». On ne reconnaît le respect dû à la dignité humaine qu’aux « bons ». Des traditions ancestrales servent de prétexte pour ne pas reconnaître l’égalité en dignité. Parfois, on en appelle même à Dieu pour s’en faire un allié contre les droits de l’homme. La perversion est alors à son comble. Cette histoire nous laisse avec une question mystère : pourquoi, après vingt-cinq siècles de déclarations sur le respect de l’homme et de ses droits, retombe-t-on régulièrement dans les pires abus, alors qu’il serait de l’intérêt de chacun de respecter son semblable ?


Texte de MAH, paru dans le livre "PAR DÉFAUT".

Petit tour du monde
All around the world
Tout autour du monde

Un message d’espoir dans cet espace de chute
Transformé en flottement
Horloge du temps dans le tourbillon des heures
Spirale de la vie, volutes et circonvolutions.

Ouvrir cette parenthèse et s’infiltrer dans un monde sans frontières
Faire partie de cette terre qui elle déjà appartient à l’univers
Au céleste
Ouvrir les yeux et plonger éveillée dans le monde du rêve
Rêves conscients, images déferlantes qui se confondent
Méandres, kaléidoscope aux diagrammes infinis
Qui gratifient la vision émerveillée de l’enfant plongé dans la forme à discerner, à percevoir, à saisir, à créer.

L’artiste incite par son dépouillement
Occultant la lumière
A se dissocier de la temporalité
Refuge ouvert à une communication sans lisières.

J’aime rêver, et ce tableau m’amène inlassablement dans un univers, multivers où les corps sont le cœur, au centre, en un lieu idéalement vide
Chorégraphie d’un imprévisible ballet
Règne de l’infini dans lequel la multitude et la solitude convolent dans une étreinte d’espoir

Interminable tunnel
Passage obligé
Par lequel la lumière estampille
La délivrance

Petit tour du monde
All around the world
Tout autour du monde

En fermant cette parenthèse je préserve cette œuvre nichée dans mon cœur
Juste un instant encore fermer les yeux
Fantôme prismatique
Pour ouvrir une nouvelle parenthèse


Texte de Martin Kobel, paru dans le livre "PAR DÉFAUT".

C’était hier, ou je ne sais plus , l’Intercity
Brig-Milan-Roma Termini

vous êtes venue
pondérée et impondérable,
posée, positive, positron,
menue, contenue, retenue.

Oui c’était bien hier, après l’Intercity
Brig-Milan-Roma, à la  Fontaine de Trevi

vous êtes revenue
enjôlée, séduite, désirée,
usufruit, usucapion, usurpateur,
voulue,
mon, ton, votre, notre,
mien, tien, vôtre, nôtre,
mon avoir, mon bien, ma richesse, ma colonie
ma captive,

Cette nuit-là, à la Fontaine de Trevi
par l’Intercity un peu assourdi je vis et jouis.

vous voilà nue
disposée, dominée,
maîtrisée, baisée,
envoyée, niquée,
par diable ou démon,
amours, délices et ogre,
Dante et Dostoïevski:

Possédée.

Au matin, Fontaine de Trevi, Gare Termini,
pour être comme avant, suis reparti par l’Intercity, .
Rome, Milan, Brig.


Texte de Konstantinos Nassiopoulos, paru dans le livre "PAR DÉFAUT".

Décrire une œuvre d’art n’est pas une tâche facile.

A la lecture de mes précédentes tentatives, j’éprouve une amertume intellectuelle, quelque chose qui peut faire penser au goût que vous laisse le marc de café de mon pays natal.

Entrer dans l’univers de bon nombre d’artistes implique de comprendre un langage sans structure, un tissage hasardeux de mots qui nous laisse perplexe.

Heureusement, la rencontre avec l’œuvre Entre terre et mystère de Jean-Pierre Humbert nous épargne une telle mésaventure. Les couleurs apaisantes et végétales du bas du tableau nous situent précisément dans l’espace : nous sommes sur terre. Des lignes aléatoires simulent l’horizon. Elles donnent au paysage sa vaste diversité imaginaire et le font adopter par chacun de nous comme étant sien. En dessus, le ciel noir ne nous choque pas. Il fait office de corridor et il nous guide vers un soleil bleu à halo vert : le mystère. Est-ce le mystère qui englobe la terre ? Est-ce simplement la terre qui, aux yeux de l’artiste, balance entre réalisme et sa version mis-terre ?

Ainsi soit-il ! L’ensemble de l’œuvre flatte nos rétines sans réserve tandis que nos neurones esthètes trouvent leur fétiche de satisfaction absolue.

J’aime cette dérive mystique de Jean-Pierre Humbert qui nous a plutôt habitués à des réalisations d’inspiration géométrique qui trahissent un tempérament perfectionniste. Cette œuvre décore mon lieu de repos et, quand je ferme les yeux, son esprit guide mes rêves.


Texte d'Etienne Chatton, paru dans le livre "PAR DÉFAUT".

Ton sur ton de grisaille, manies d’enfant sénile
Qui conserve le temps dans ses boites à sardines
Quel architecte fou sur l’infini d’ennui
A planté ses mâchoires aux molaires de buildings ?

Le Ciel de traîne usé des printemps en souffrance
Bat l’écrasant rappel de la vie qui s’achève
Aux fenêtres aveugles, collées de purulences.
Une histoire sans mémoire de mort-nés écrasés
Levures et balayures d’époux irréprochables,

Ô Jupiter, lance Tes ponts, unis les sphères du dais astral
Fulmine dans l’azur Tes féroces fougères aux venins de crotales.
Hors du visqueux magma fais exploser nos rages abyssales.
Aux filles filiformes, cuissardes de cigognes, fulgure un jet de foutre.
Que Tes gongs d’hélium en musique jubilent des alphabets de feu
Au poitrail de pierre des montagnes, accroche Tes médailles.

Quand Tes furieux désastres emporteront nos alluvions
Tristes variations des morts en sursis, dont on enduit
La crevasse des rues et leurs sens interdits,
Aux cascades vêtues de blanches robes de moniales,
Rastas, loubards, rockers, servants de messes putassières,
Poignards de chair, gainés d’envie et de COLÈRE,
Reviendront assoiffer la part perdue des dieux.


Texte de Jean-Baptiste Magnin, paru dans le livre "PAR DÉFAUT".

Parmi les quelque 600 représentations de la Tour de Babel, dont la célèbre version de Bruegel l’Ancien, la gravure de la Tour de Babel en Belzé de Jean-Pierre le Jeune apporte son bloc de molasse à l’édification du mythe.

Dans la Genèse selon Jean-Pierre, le berceau de l’humanité se trouve à Fribourg. Les hommes parlaient alors la même langue, le bolze, formaient un seul peuple et cultivaient moult moments d’amitié autour de manoilles rafraîchissantes. Un jour, le roi Nemrod IV de Zæhringen ordonne de bâtir une tour dont le sommet doit toucher les cieux. L’Eternel, divinement agacé par tant d’insolence, redoute que la réussite du projet incite les rêveurs de la cité à échafauder des salles de spectacle et des ponts de la Poya en veux-tu en voilà. Dieu fait parler aux hommes des centaines de langues pour qu’ils ne se comprennent plus puis les éparpille par toute la terre. La Tour de Belzè reste inachevée. Cette vue de Fribourg à la base solide mais dont les étages perdent l’équilibre dans les nuages me renvoie à ma piètre inaptitude: grandir en Nuithonie et ne pas être bilingue, untauglich zu Zweisprachigkeit.

« 3 p’tits tours et… Soyons humbles et déterminés, bâtissons là ou en Basse, mais construisons toujours », disent les Bolzes qui ont plus de trois tours dans leur sackelè. Ecoles et bibliothèques s’érigent autour de la patinoire. Un funi droit comme un i file vers l’Uni, rompant le ronron des remparts et des ponts en colimaçon. Des descendants des ouvriers de l’ancienne Tour reviennent s’installer en ville ; les langages se croisent et se mélangent. 3 p’tits tours et… représente une spirale harmonieuse, une ligne qui fait des révolutions pour que la terre tourne mieux. Si le bolze s’imposait comme langage universel, les conflits entre les nations s’apaiseraient.

Texte de Patrick Rudaz, paru dans le livre "PAR DÉFAUT".

C’était une nuit noire
Une nuit inquiétante où rien ne surgit d’une brume inexistante
Une nuit apaisante où les ombres absentes ne dessinent aucun monstre
Une nuit fraîche quand les esprits fouettent les sens.

Je suis descendu dans la rue, j’ai pris le chemin dans une pétillante pénombre. Un candélabre. Des phares automobiles. J’ai marché longuement à la recherche d’un peu de vie, d’une place, d’un parc, d’une promenade, d’une rue animée. Je n’ai rencontré personne. Rien vu ou presque.

C’était une nuit éteinte
Une nuit excitante où les corps s’enlacent et se lassent
Une nuit en toute quiétude où la peur s’efface dans les contrastes oubliés
Une nuit moite quand l’âme affleure les corps.

J’ai déambulé dans les rues basses, puis dans les rues hautes. Pas une robe, pas un escarpin, pas la moindre putain. J’ai vu des pierres et des fontaines, des cathédrales et des cafés. Et je n’ai parlé à personne. Rien dit, rien échangé ou presque.

C’était une nuit sombre
Une nuit affolante où le vent brûle la peau
Une nuit douce où la caresse soulage les peines
Une nuit chaude quand le sang afflue aux extrémités.

Dans l’œil de la rue, j’ai aperçu une femme, belle, qui dans le reflet d’un astre défaillant s’enfuyait à belle allure. Rien à voir, rien à dire. Je l’ai appelée, elle ne m’a pas répondu. Alors je suis rentré, seul. Et chez moi, couché sur un canapé noir, ma main… ou presque.

C’était une nuit sans lune.

Texte d'Emmanuel Schmutz, paru dans le livre "PAR DÉFAUT".

Les yeux étaient partis avec la joie du regard
laissant les orbites osseux
recueillir la nuit
cette encre
lisant les peurs de l’enfance
à l’homme endormi

Le temps rongeur
grignotait au sablier du cerveau
ses plages de rêves
quand l’esprit se donne à la déraison

Tout basculait
il essayait de se détacher du miroir
où il ne se reconnaissait plus
sa souffrance avait imprégné le tain
et le gardait prisonnier
de ses reflets

Le Cri de Munch
s’accrochait aux arbres de Soutine
tordus de douleur

Il avait fermé sa bouche
ses lèvres ressemblaient à une entaille de pierre
emmurant sa plainte

Il se rappelait alors avec douleur
la douceur du sucre
qui avait noirci ses dents

Restructuration, gravure de Jean-Pierre Humbert
Texte de Jean Steinauer, paru dans le livre "AIRe DE LIBERTÉ", Editions La Sarine.

Il eut un formidable rire, et Sa main s’abattit sur la croûte terrestre. On vit des fleuves disparaître et des montagnes s’engloutir, tandis que surgissaient des continents étranges, où poussaient des villes cubiques et des arbres fendus comme des corps de femme.

Il eut un grognement d’approbation, et Sa main doucement pénétra le monde caché. Du tranchant de Sa droite Il élargit le sillon des vallées, Sa paume effleura les plaines et massa les collines. Du bout des doigts Il caressa le profil des montagnes qui faisaient barrière à Sa progression, et Il les jugea inhospitalières. Puis Il replia Son index vers un point d’eau secret comme un nombril, et Il fixa le centre du nouvel univers.

Il eut encore un soupir, songea qu’il Lui faudrait encore créer Jean-Pierre Humbert pour que ce monde impossible un jour soit recréé. Et Sa main de nouveau bouleversa le relief.