Jean-Pierre Humbert peintre et graveur

Oeuvre de la semaine


Texte de Pierre Savary, paru dans le livre "PAR DÉFAUT".

Les jeunes quartiers sont incroyables. Ils travaillent jusqu’à point d’heure et sont bien capables, après ça, de boire du gin fizz toute la nuit. Ils ont des boîtes pour. Des boîtes à travailler, des boîtes à s’amuser. Les unes à côté des autres. Quand une boîte à travailler doit fermer pour cause de diablerie économique, elle est transformée en boîte à s’amuser. Et les ouvriers d’avant grattent leurs poches pour les verres d’après, qui pétillent sans conviction sur l’établi repeint en gothic metal. Le didjé anthracite fait le clown, il s’est mis un nez vert.

Les jeunes quartiers sont impitoyables. Ils jouent des coudes, ils s’administrent l’espace. Ils avancent à grands coups de pelle, le menton en avant, nuque d’acier et hanches de béton. Devant l’offensive, les aînés, les vieux quartiers, cotonnent de tous leurs membres. Ils se tiennent par la manche, ils retirent leurs pattes et rentrent leurs antennes. Ils se resserrent, se contractent, se recroquevillent. Ils respirent à petite haleine le peu d’air que leur laissent les narines conquérantes. Ils se voient repoussés là où les bâtisseurs perdent leurs idées, sur les talus à moutons et les anciens ruclons.

Et la vague enfle encore, et les plus vieux des vieux quartiers se retrouvent à fleur de vide, âpre cortège médiéval où les maisons font la queue devant le gouffre, devant l’oubli.

Une crevasse apparaît sur la falaise. Le pan de mémoire craque comme un glacier au dégel.

A un jet de bouteille à encre, là où les racines du monde plongent dans la terre souple et profonde, trois chênes maigres se fabriquent leur propre destin. Les deux premiers, comme les filaments d’une ampoule, posent un point d’interrogation : suffit-il de lever les bras pour décrocher la lune ? Le troisième fait le clown, il s’est mis des feuilles.

Texte d'Emile Aebischer (Yoki), paru dans le livre "PAR DÉFAUT".

Reconnu comme un graveur connaissant toutes les finesses d’un métier éprouvé, Jean-Pierre Humbert a su rendre ici la poésie intime d’un lieu familier en une lithographie dont la granulométrie est d’une finesse inhabituelle. Une partie de son paysage préalpin, aisément reconnaissable, va se fondre dans une lumière de type lunaire. « Tenté par le surréalisme ? », lâchez-vous à son auteur. Il vous répondra ne pas se reconnaître sous cette étiquette. Il a cependant l’art de faire cœxister les contraires en l’unité d’une composition par la hardiesse lumineuse de son faire.


Texte de Zeljko Djurovic, paru dans le livre "PAR DÉFAUT".

La gravure exige maîtrise technique, conscience du procédé et du but. En conséquence, elle demande beaucoup d’habileté et de connaissances. Régie par des lois rigoureuses, élaborées pendant des siècles, contrôlées et perfectionnées, elle libère l’artiste-graveur des questions du lien entre passé et présent. Elle est et a surtout été pratiquée par des hommes d’un grand savoir-faire, habiles de leurs mains, très patients et précis dans le travail.

Une gravure est toujours un dialogue avec le passé, avec l’antique secret de la première empreinte. A l’aurore du genre humain, quand le chasseur préhistorique, prophète et artiste, retira sa main sombre, noircie de suie, du mur de la grotte, il a vu noir sur blanc, le mystère de la gravure. C’est la même émotion qu’éprouve l’artiste-graveur contemporain quand il lève sa feuille de la plaque gravée. Rien n’a changé, la métaphysique de la blancheur, le miracle de l’empreinte, exercent la même fascination. Culte et fétichisme des matières et de leur usage, particularité du procédé ne sont nulle part présents comme dans la gravure. En regardant l’œuvre de Jean-Pierre intitulée Restructuration on ne peut pas faire autrement que de se rappeler toutes ces spécificités de la gravure comme méthode* de création.

Irréprochablement réalisée et imprimée, claire dans ses idées, sa gravure tisse un lien entre le passé et le présent et elle anticipe le futur (pas très rose). Elle éveille chez l’observateur un sentiment nostalgique avec une projection rebutante du futur. Visuellement attractive, elle oblige l’œil du spectateur au changement perpétuel de distance focale, circulant de l’éloignement kilométrique aux micro-détails du premier plan. La correspondance entre le passé et le futur est établie de manière verticale, ce qui semble logique si l’on considère que l’artiste vit dans d’une ville à l’histoire profonde et en mutation rapide vers la modernité. Vous ne pouvez pas regarder cette estampe sans vous interroger: d’où venons-nous, qui sommes-nous et où allons-nous ?

Du simple fait qu’il a contribué à faire connaître mon travail sur la scène artistique européenne, je ne peux pas écrire sur l’art de Jean-Pierre Humbert comme un observateur froid et indépendant ( de toutes façons il y a toujours une part de subjectivité dans l’art ). Il faut dire que notre collaboration professionnelle s’est depuis mutée en amitié.

* Méthode: Recherche, voies et moyens de rechercher. Procédé réfléchi et planifié du travail dans le but de trouver la vérité et la lumière.


Texte de Ralf Ludwig, paru dans le livre "PAR DÉFAUT".

Sur un fond bleu, sombre, menaçant, la lithographie Passé décomposé de Jean-Pierre Humbert nous montre une vieille ville de Fribourg qui se désagrège. Un élément est suspendu dans l’air, d’autres flottent, descendent, les plus petites pièces tombent brutalement dans le vide. Pour l’observateur les mouvements ne sont pas uniformes, ni dans le sens de la direction, ni dans le sens de la vitesse de déplacement. La gravitation semble inexistante, témoignant d’une illusion.

Pour ne pas les perdre, le spectateur est tenté de retenir ces blocs de molasse qui se détachent, de conserver ces traces du passé de cette partie de la ville qui se métamorphose. À nos yeux, dans notre imaginaire, elle semble bien différente de la réalité. Ce passé dépassé, cette mémoire décomposée, ces années réduites à des minutes, des secondes induisent le luxe de ne pas nous confronter au passé. Mais, remontant du fond, surgissent des fragments qui se recomposent au moment ou l’on s’y attend le moins.

Lors d’une exposition à l’hôtel Duc Berthold voici 36 ans, c’est à Jean-Pierre que j’ai acheté ma première œuvre d’art. Je vois encore l’image sur le mur, l’endroit précis où nous nous sommes rencontrés. Les autres tableaux de l’exposition, tout comme les visiteurs, disparaissent dans la pénombre, tous effacés par les années.


Texte de Pascal Corminboeuf, paru dans le livre "PAR DÉFAUT".

Une miniature symbolique de notre ville qui lui donne un air d’Ascension, alors qu’elle semble larguer ses habitants dans un espace intersidéral,

Des racines urbaines qui se transforment en êtres humains étonnamment pas tous malheureux et pas spécialement traumatisés par cet Ite missa est vers un enfer incertain,

De fiers clochers d’antan pour crier vers le ciel un désarroi devant la décadence de notre société occidentale bientôt incapable de construire ou de laisser construire un lieu de recueillement ou une chapelle,

Une sérénité de surface pour cacher sous la glèbe et sous les caveaux des neurones qui s’échapperaient d’un grand cerveau que posséderait la ville,

Autant d’interprétations qui me viennent en regardant cette lithographie de Jean-Pierre Humbert.

Je peux la faire tourner dans tous les sens, elle me parle et m’oblige à sortir de moi pour lui parler à mon tour, au jour le jour…

A 90° c’est encore plus déstabilisant, la séparation entre le visible rassurant et l’inconscient troublant est encore plus frappante.

A 180° c’est une espèce d’Australie qui plonge ses clochers dans l’Océan pacifique pour proposer des racines à ces humains en recherche d’eux-mêmes.

Rejoindre Icare en grappes humaines pour fuir un présent trop lourd et un plancher des hommes trop pesant satisfait le besoin vital de rêver ensemble. Le paradoxe veut qu’ici l’inaccessible étoile et son corollaire le ciel se situent en bas !

Un petit voyage dans les titres des œuvres de Jean-Pierre Humbert ressemble à un catalogue à la Prévert d’où l’on extrairait de quoi inventer un nouveau langage que l’on appellerait aussi Esperanto.


Texte de Bernard Bertherin, paru dans le livre "PAR DÉFAUT".

L’artiste confie la plume à l’ami et lui propose de composer un texte inspiré par l’estampe Coup de foudre. L’ami d’abord surpris, car n’étant pas homme de lettre et ne maîtrisant pas du tout l’art, accepte de le faire avec le cœur.

Avec cette œuvre, l’artiste met en scène l’humain au pluriel. Approchez-vous et regardez avec quelle magie les êtres représentés défient l’équilibre parfois fragile dans lequel ils doivent vivre. La couleur choisie pour cette œuvre va du noir au gris vert pour finir par éclater dans le bleu du ciel et dans toutes les teintes qui figurent notre environnement ; tout simplement la vie.

J’aime cette façon de laisser à chacun le choix de se définir et de prendre conscience que cette nature que l’on oublie trop souvent de respecter mérite l’arrêt sur image de cette estampe. Liberté et respect de l’autre, l’artiste nous conduit dans un voyage ou la vraie dimension reste humaine.

Nous devons apprendre à utiliser les choses et à aimer les gens plutôt que d’aimer les choses et utiliser les gens. C’est la bénéfique et vitale secousse que me procure ce Coup de foudre.

Texte de Bogdan Krsic, paru dans le livre "PAR DÉFAUT".

En ma qualité d’ami et de confrère graveur partageant le même courant de pensée, il m’est difficile d’écrire sur une gravure de Jean-Pierre. Mes impressions ont toutes les chances de différer de ses intentions. Si quelqu’un devait écrire sur mes propres œuvres, j’aimerais surtout que son regard me révèle la part inconsciente de ma création.

Jean-Pierre fait partie du cercle des artistes sensibles au message engagé et toujours d’actualité de cette grande œuvre de la Renaissance qu’est La nef des fous de Sébastian Brant, version populaire du savant traité Eloge de la folie d’Erasme de Rotterdam. De Hieronymus Bosch, Pieter Brueghel, Albrecht Dürer et Hans Holbein aux artistes contemporains, aux graveurs du fantastique, comme le grand artiste slovaque Albin Brunovski, ce thème reste toujours aussi attractif car la folie humaine ne change pas, quelles que soient l’époque, l’ambiance et les apparences.

Cependant, Jean-Pierre a gravé une vision différente de La nef des fous. Il n’en offre pas une représentation d’exégète. Il ne nous fait pas la revue des folies individuelles et des vices humains décrits dans les 96 poèmes de Brant qu’Albrecht Dürer fut le premier à illustrer avec 96 gravures sur bois. Jean-Pierre nous montre l’image de la folie de l’ensemble des humains. Sa gravure figure un océan agité au milieu duquel la nef fait plus penser à une île qu’à un bateau. Une île à deux troncs dont la couronne porte une toile de corps humains aux poses grotesques et entrelacés de la manière caractéristique dont il dessine une grande partie de ses sujets. Il semble nous dire que ce qui importe ce n’est pas tant que les gens soient corrompus, exaltés, passionnés et fous, mais bien que le monde est fou et qu’il est gouverné par cette épidémie.

Cette gravure de grand format est, comme toujours chez Jean-Pierre, magistralement réalisée, avec un métier sans faille, artistiquement persuasive et riche en nuances.

Texte de Michel Rast, paru dans le livre "PAR DÉFAUT".

Mémoire vive
Mémoire morte
Mémoire à bulles et à balles

L’enfant joue, l’enfant tombe, l’enfant-roi
Jeux de maux, jeux de mots, jeux vilains
L’enfant pleure outre-tombe, désarroi

Breughel guette au détour du rêve
Diablotins enlacés et racines s’enchaînent
Le feu éternel n’est pas loin

Alnésie ou Amzheimer, Alnheimer ou Amzésie
Au pays de l’oubli, les souvenirs gris et bruns s’entrechoquent
Coques vides et regard de pierre
Sur sourire énigmatiquement jocondoïdal – voire jocondoïdais

Grisailles, ocrailles ou blanchailles
S’égarent les idées en pagaille

Mémoire vive
Mémoire morte
Mémoire à bulles et à Baal

Texte de Sylvia Humbert, paru dans le livre "PAR DÉFAUT".

C’est avec tendresse et humour que je vous invite à la rencontre de l’œuvre intitulée Autoportrait en interprétant les multiples facettes des lettres et chiffres composant l’identité de Jean-Pierre Humbert, né le 12.09.1947.

J - Joue le Jeu de la vie avec Jovialité et Justesse.
E - Elan pour Ecarter les Embûches.
A - Artiste, Actif et Amical, Agit Affectueusement Avec Axel.
N - Négocie Naturellement la Nécessité du Nouveau.
P - Père Passionné Par Philippe, Peintre Perfectionniste et Pertinent.
I - Intuitif, Imaginatif, Il s’Intègre avec Intelligence en son Individualité.
E - Envol Enthousiaste vers l’Evasion.
R - Respecte les Racines et les Richesses de chaque être.
R - Raphaël Rend la vie Radieuse.
E - Etincelle pleine d’Energie En Equilibre dans l’Espace.
H - Harmonise le Haut et bas pour une Heureuse Hiérarchie.
U - Unique et Universel, Utopiste pour certains, Utile pour d’autres.
M - Merci Milka, Martin, Mirko : la Maison est Merveilleuse.
B - Bigrement Bienfaisant est le Ballon Brun et Beige de Basket.
E - Etre avec Emotion à l’Ecoute de son Enfant intérieur.
R - Réunit le Rêve et la Réalité en un même Regard.
T  - Tire le Trait d’union Talentueux entre Tous et Tout.

Natif du 12 : cherche à se connaître pour exprimer ensuite sa nature et la faire rayonner autour de lui. Cela le conduit à décider, créer, rénover, observer, écouter pour soumettre ce qui est reçu à l’analyse personnelle et transmettre ensuite ses acquis à l’extérieur.

12.09.1947 : importance de la famille, du foyer. A travers les nombreuses responsabilités, confrontation constante à la recherche de l’équilibre entre les extrêmes. Sa force réside à être dans le « juste milieu », à accepter avec intelligence l’expression de la Vie dans toutes ses manifestations.

Texte de Martin Humbert, paru dans le livre "PAR DÉFAUT".

La déchirure se fait sentir
Tout comme l’envie de repartir
Spectatrice de la descente aux enfers
J’ai peur pour mes racines et ma terre
Je ferme les yeux pour m’évader
Rien à faire, je les imagine tous tomber