Jean-Pierre Humbert peintre et graveur

Les trois arbres

Les 3 arbres, gravure de Jean-Pierre Humbert

Si c’est le relevé d’un topographe, on peut chercher la ville modèle au nord ou au sud, songer à Pérouse, à Fribourg: soit une cité fièrement verticale et noblement vermoulue. On soupçonnera qu’une âme romantique, fascinée par les abîmes, a guidé la main du dessinateur. On imaginera, penché sur le papier, le front pensif d’un petit cousin de Victor Hugo.

Si c’est la coupe d’un géologue, où doit-on situer la faille ici reproduite, cet effondrement de falaises engloutissant des quartiers de ville? Comment dater le cataclysme qui a produit, dans l’écorce du globe, cette inclusion en forme de larme? La main qui a tenu la plume avec tant de précision dans le fantastique appartient, gageons-le, à un scientifique de l’espèce visionnaire, un arrière-neveu de Jules Verne.


Si c’est l’étude d’un botaniste, il faut avec lui s’émerveiller devant la force végétale. Racines qui disjoignent les dalles, rameaux qui écartent les murailles, troncs chevelus qui tiennent tête aux vents... Quand tout s’est effondré, la vie recommence au ras du sol, têtue comme un brin d’herbe. Le naturaliste qui exulte ici est un grand lyrique. Il a pour ancêtres Pline et Lucrèce, pas moins.


Mais peut-être sommes-nous simplement devant l’une de ces fables à grimper dans les arbres dont Jean-Pierre Humbert est coutumier. La minutie topographique, géologique et botanique de cette pointe sèche n’aurait alors d’autre justification que le plaisir perfide de nous égarer dans un rêve. Nous laisserons la question en suspens.


Au bord de la falaise, évidemment.

Texte de Jean Steinauer, paru dans le livre "AIRe DE LIBERTÉ"