Jean-Pierre Humbert peintre et graveur

Vertige

Identique sous les changeantes apparences d’un homme ou d’une femme, portraiturée jusqu’à l’obsession, cette face fascine : « Ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre… »

Visage captivant, au sens fort et premier du terme. On en est prisonnier, on ne lui échappe pas. Il y a dans la frontalité du motif quelque chose d’envoûtant, une impérieuse invite à l’immobilité. Planté droit dans les yeux, le regard fixe, il cloue au sol. Mais ce visage n’a pas d’épaisseur ni de volume, il est dépourvu de chair, de consistance, de réalité humaine. Il existe en deux dimensions seulement sur le papier, comme un rêve, un reflet, comme une image de cinéma sur un écran.

Visage énigmatique, masque à l’instant de se décrocher du visage, une fraction de seconde avant la vérité. Il pose la question du sphinx. Je suis immobile comme le marbre et plus figé qu’une statue, mais tout annonce en moi l’écroulement, la fuite ou la dissolution, qui suis-je ? Le temps.

Jean-Pierre Humbert veut arrêter le temps. Il cherche inlassablement à fixer ce visage qui attire et inquiète à la fois, ce regard bientôt pétrifié, ces formes humaines en train, déjà, de se fossiliser. Les vivants alentour tombent comme les feuilles, en silence.

Vertige de la chute.

Texte de Jean Steinauer paru dans le livre "AIRe DE LIBERTÉ"